Pensées

  • Poussière

    La poussière se dépose, s’accroche, s’envole, s’enroule, s’emmagasine, s’oublie, se retrouve. Grisaille où le doigt dessine une lassitude, enlisement des gestes dans leur absence, misère du sédentaire, désertion des maisons qui renvoie aux déserts des nations. La poussière a pour sœur le sable, la monotonie de ses dunes, l’âcreté de son asphyxie, son doux amoncellement…

  • Snježana Šimić

    La photographie m’intéresse comme moyen dans l’art conceptuel ou documentaire : articulation de la pensée, ancrage du discours, témoignage d’un ailleurs ou d’un autrefois. Si elle m’émeut, c’est par son sujet, ou par sa tragédie intime – trace d’une lumière morte, signe de l’irréversible. Sa beauté, surtout telle qu’elle se conçoit de nos jours, lisse et…

  • Miracle

    Substantif masculin. Du latin, miraculum, de mirari : regarder, admirer, donnant lieu entre autres à l’italien miracolo, l’espagnol milagro, le portugais milagre, le roumain miracol, le basque mirari, le corse et sarde miraculu, l’espéranto miraklo. Le miracle réside déjà dans ces sonorités où le pli ouvrant du mi et celui fermant du cl découvrent délicatement l’or brillant…

  • Du caractère

    D’un trait de caractère, on peut dire tout et son contraire. Comme si le caractère était un relief ou une empreinte, où chaque creux est un plein et chaque plein un creux que seule la perspective déterminerait comme tels, faisant d’un trait un plus ou un moins, un défaut ou une qualité. Par exemple, la…

  • Des mathématiques

    Dans Fors intérieurs, Isabelle Boccon-Gibod s’entretient avec huit mathématiciens sur leur travail puis tire leur portrait photographique. Il y a dans ce livre une intelligence dont je me délecte. Fontaine dont les jets s’entrecroisent comme les fils d’un métier, canevas d’eau vive. Grâce à l’inventivité des questions de l’auteure et à la vivacité de ses…

  • La vérité

    C’est, à la lueur d’un mot qui choque contre un autre, la caverne du moi qui s’illumine un instant d’une étincelle et l’on y voit inscrites les images primordiales. C’est le fond blanc des choses, le réel même, qui se découvre sous la tapisserie riche, trop riche, d’un raisonnement savant, mais il s’écaille à la…

  • Promenade à Cassel

    La Documenta s’ouvre à Cassel avec un Parthénon de livres et une cheminée à nuages. Le premier est l’œuvre de Marta Minujín et se compose de 100 000 livres interdits aujourd’hui ou autrefois, donnés par les citoyens. Maintenus par du film plastique, ils érigent un monument mi réfléchissant mi transparent à la démocratie, en référence…

  • On ne pense pas assez aux poches

    À Carnets Paresseux On ne pense pas assez aux poches. On y glisse même la pensée qui s’absente : la clef, le numéro, le ticket à ne pas égarer. Élément qui échappe au visuel et au sonore, champs privilégiés de notre attention consciente, pour plonger dans les profondeurs de l’inconscient réservé au seul toucher, mais…

  • Deuxième amour

    Le premier amour est privilégié comme s’il déterminait notre destinée, décidait à tout jamais de notre manière d’aimer, donnait le ton et la tonalité. Je n’y crois pas. C’est même tout le contraire. Le premier amour est encore amour de l’amour et donc amour de soi, fantasme de l’héroïne ou du héros que l’on devient…

  • À l’Allemagne

    Comme je t’ai rêvée… jusqu’à ce que tu deviennes le pays des rêves. Des forêts où frissonnerait mon inquiétude, où crisserait ma curiosité, où luirait, au loin, mon secret. Des rayons à ras de prairie où ma joie percerait en un piaillement vainqueur, des champs de fleurs à perte de vue dont l’odeur jaune vif…