Poussière

La poussière se dépose, s’accroche, s’envole, s’enroule, s’emmagasine, s’oublie, se retrouve. Grisaille où le doigt dessine une lassitude, enlisement des gestes dans leur absence, misère du sédentaire, désertion des maisons qui renvoie aux déserts des nations. La poussière a pour sœur le sable, la monotonie de ses dunes, l’âcreté de son asphyxie, son doux amoncellement dans la clepsydre. Mariée à la lumière, elle danse, promettant aux araignées des cités suspendues, étagées du sol au plafond, aux oiseaux des volières dans les châssis et les gouttières.
« Tout est poussière et tout retourne à la poussière. » Élément premier, dernier. Nous sommes poussière comme la poussière nous est : dans les intérieurs constituée essentiellement de résidus de notre corps, auxquels se mêlent insectes, mycètes et miettes. La poussière est une concrétion de mort autour du vivant dont il se défait d’une secousse, la vieille peau qui s’effrite avec les jours et tombe pour se renouveler, un signe de décomposition. D’où l’empressement à la chasser de chez soi, ne pas se laisser ensevelir déjà. Certains y sont allergiques, d’autres la tolèrent. Allergie ou tolérance à sa propre mort ? L’écran sur lequel vous me lisez est sans doute l’endroit le plus poussiéreux de la pièce où vous vous trouvez. Par électricité statique, il l’attire et s’en voile. Vanité moderne ?
À l’extérieur, la poussière se confond le plus souvent avec la pollution. Pourtant elle se trouve en ville comme dans la nature, car elle provient de toute érosion, toute réduction infime de la matière, tour à tour fumée d’usine et de volcan, fracas de marteau-piqueur et de sabots, queue des comètes, vent des steppes, aura des fées, couleurs du papillon, pollen ou bruine. Incomptable, innombrable, elle est l’infiniment fini…

5 commentaires sur “Poussière

    1. Merci Anne ! C’est très gentil de m’attribuer le regard du poète, je n’ai aucune prétention à l’être, j’aime seulement m’attarder aux choses (poches, café, miroir, escalier ou poussière) et tenter de les penser ce qui revient souvent à les rêver.

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      1. Bien sûr que tu écris de la poésie. Et ton attention aux chose, dans lesquelles tu sais débusquer mille murmures de vie secrète, que ton écriture révèle fascinantes, est poétique au sens propre.

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