Pensées

  • La femme et la nature

    La femme, paraît-il, participe de la nature au point de ne parvenir à s’en distinguer. Inachevé de l’homme, encore trempée de la boue du monde dont elle a été tirée, elle reste immergée dans ses sens et ses sentiments. Elle a la grâce de l’enfance, l’inconscience de l’animal. S’ensuit l’équilibre féminin masculin, les deux termes…

  • Les boissons et la pensée

    à Clémentine Le café, toujours italien, dense et ramassé au fond de la tasse blanche, crémeux, mousseux de sucre et de pression, bu debout au comptoir ou sur le balcon, et non à table ou en terrasse, précis, pressé, la paresse, la négligence du Sud un cliché, préparé et pris avec cette virtuosité d’exécution qui caractérise…

  • Méthodes d’écriture

    Se fixer des horaires ou des jours, écrire tant de minutes ou tant de caractères, lire manuels et essais pour construire un personnage, développer une intrigue, affiner les dialogues ou les arguments, connaître les techniques des autres auteurs, ouvrir leurs lettres et leurs carnets, dévorer leur autobiographie… Ces pratiques répandues me laissent assez perplexe. Il…

  • L’autoédition – l’auteur et l’autorité

    Il y a quelques jours une très jolie chronique de mon recueil de nouvelles a été publiée sur le site Small Things, intitulée Quand on se laisse ensorceler. J’en remercie Lola et vous laisse la lire ici. Elle soulève en introduction la question de l’autoédition, ce qui me donne l’occasion d’en faire un bilan. L’autoédition prive de quelques…

  • Le privilège des histoires vraies

    Je n’ai plus de voix. Ou si elle parvient à traverser le champ de mines de l’angine et les attaques de toux, c’est en miettes atones ou stridentes. Je vous écris depuis ce silence embrasé pour me révolter contre un privilège : celui des histoires vraies. J’ai entendu, il y a quelques jours, un écrivain dire…

  • La perfection ou la vie ?

    C’est quelque chose qui bat au vent. Une peau, un drap ? un volet, un loquet ? ou une branche, un poing ? Ça danse et se déglingue, rythme soutenu qui pourtant cloche. Voilà comment j’entends la prose de Pierre Michon, une splendeur en haillons, une magnificence mitée, le visage d’or délicat d’une jeune fille fuyant son père…

  • L’épaisseur

    Il y a une épaisseur du langage qui ne tient pas à la longueur de la phrase ou à la grosseur du livre. Elle tient aux mots, à leur pâte, levée à la graine des choses. Des mots riches qui charrient l’indistinct crevé d’éclats, des mots feuilletés qui s’effeuillent avec une bonne odeur de beurre,…

  • La simplicité

    J’aime la simplicité parce que je suis compliquée. Je ne peux penser sans arrière-pensées, dire sans contredire, voir sans revoir, désirer sans détruire… Distraite et incertaine, la simplicité me concentre et m’éclaircit. Je ne recule pas devant l’effort jouissif de la pensée qui se gravit et se surmonte. Mais c’est l’évidence qui m’enchante. Comme elle…

  • Le temps volé

    Le temps volé, le seul qui ne soit pas du temps perdu. Dérobé au temps compté. Tes mains laborieuses et volontaires, qui œuvraient pour faire sens et pallier nécessité, un jour abandonnèrent. Tu volas du temps, pour la première fois. Ce temps d’or pénétra ton temps de plomb, le fissura, le pulvérisa… C’était ta vie…

  • À la plume

    Un temps où tu n’écrivais qu’à la plume. L’école et ses règles : ne pas se répéter, varier le vocabulaire, éviter être et avoir, ne pas dire je, ne pas dire on, encore moins l’on, pas d’il y a, de c’est, ni de point d’exclamation, ou d’interrogation, à la fin de phrases qui se suivent,…