Trésors et Trouvailles

Demain paraît Trésors et Trouvailles, aux éditions Abrüpt. Un livre sur lequel j’ai travaillé l’année dernière, ce qui justifie, a posteriori, ma présence alors sporadique sur ce blog. Il est cependant né du blog, de mes articles sur les boissons, les poches, les ciseaux, le miroir, les coquillages. Je m’y intéresse au phénomène de la collection, qu’elle soit classique ou insolite : un funambule collectionne les nœuds, un peintre les éponges, un philosophe les miroirs, un serveur les origamis, une orpheline les plumes, un père et une fille les branches qui les relient, une guérisseuse des boîtes pour le vide qu’elles cernent, une libertine les cicatrices en mémoire du plaisir qui l’ébranle… Galerie de portraits qui racontent autant l’objet collectionné que le sujet collectionneur. La trouvaille devient trésor, la matière inerte révèle sa magie muette, la vie s’enchante, discrètement, de joies mineures. Manière de créer un monde dans le monde, à sa mesure. D’esquiver le non-sens par une curiosité renouvelée. D’oublier la duplicité des mots et la disparition des êtres dans la persistance modeste des choses. Les objets restent. On peut leur faire confiance. Passeurs entre les vivants et les morts, ils figurent le lien qui vient à manquer. Mais si on leur accorde trop de place, ils commencent à s’animer d’une vie propre…

« Les cloches tintent et tintinnabulent dans son esprit, pluie d’or continuelle aux vitres de ses soucis. Il apprécie leur rusticité d’objet aussi simple pour la main que pour la pensée, leur liesse carnavalesque qui célèbre la vie sauvée, ressuscitée, et ce brassage ample et lent du temps lourdement soulevé par l’airain, cet ébranlement profond de l’âme, qui, en continuité avec l’air, est parcourue d’ondes longues sous le choc du maillet, le lieu enfin qu’elles bâtissent sous l’arc de leurs échos, un lieu clos, recueilli autour de son centre et pourtant rayonnant. Les cloches comptent parmi les premiers instruments. Elles naissent du feu et de la fonte avec les seaux, les pots, les vases et les gamelles et n’en sont au final que la version sonore. Elles chantent le foyer et la famille, l’abri et l’asile, par leur courbe de sein, leur balancement de berceau, leur clôture de tente, suspendues au beffroi, à la porte d’entrée, près de la table à manger, appelant à se retrouver, se réunir. Dans leur oscillation où le lointain devient proche et le proche lointain, on entend le retour, depuis les mers, les champs ou les pâturages, depuis le travail, la tourmente ou la guerre, l’éternel retour chez soi. » (Extrait de la collection de cloches).

Ce texte hybride a longtemps cherché sa forme définitive, entre philosophie des choses, anthropologie du sensible, poésie du quotidien, psychologie des failles et conte fantastique. On qualifie ces ouvrages inclassables d’expérimentaux. Terme que j’apprécie en ce qu’il connote l’exploration, mais qui décrit également une tentative inaboutie, ce que j’espère avoir évité.

Comment éviter ici la promotion, la publicité ? Plus généralement, comme faire pour que le livre ne soit pas un produit dans une industrie ? Je crois que les éditions Abrüpt y parviennent. Association à but non lucratif, ils diffusent le texte librement sur internet, sous une forme qu’ils nomment antilivre, tout en le rendant disponible en versions classiques, numérique et papier, le tout sous licence Creative Commons. Souvent, les lecteurs ignorent le fonctionnement de l’industrie du livre. Sa surproduction actuelle offre quelques semaines d’existence à un ouvrage sur les étagères des libraires, génère un immense gâchis de papier et d’énergie, précarise les vendeurs et les éditeurs et ruine l’art des auteurs, les plus mal rémunérés d’une industrie dont ils sont les piliers et qui voient le résultat de mois voire des années de travail partir rapidement en poussière. Puisque nous devenons toujours plus conscients de notre consommation alimentaire, vestimentaire et énergétique, devenons-le aussi de notre consommation culturelle. Mais les éditions Abrüpt ne se distinguent pas seulement par leur économie. Leur graphisme, leur ligne éditoriale, leur usage du réseau et des logiciels libres, leur contenu, leur style, tout chez eux est atypique, neuf et même frondeur. Ils rappellent que l’édition est un art : qu’on peut y inventer des formes nouvelles, y être créateur. Leur site vous en donnera une idée.

Je leur suis reconnaissante de m’avoir choisie, en particulier à Rodhlann, avec lequel j’ai retravaillé mon texte, et à Donia qui a figuré mon univers par cette couverture énigmatique.

7 commentaires sur “Trésors et Trouvailles

  1. Je ne saurais dire combien je suis heureuse de voir aboutir ton projet ! Carnets a bien raison, je ne vois pas pourquoi tu devrais éviter la promotion ! Il n’y a rien de déshonorant à vouloir partager la nouvelle de cette publication, bien au contraire : c’est un beau livre et ce qu’il renferme est plus beau encore. Et comment pourrais-je résister au plaisir de crâner et d’étaler le plaisir que cela me fait de me voir codédier ton recueil. Je lui souhaite longue vie et je vais faire ma petite promotion autour de moi.

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