Vert

Mars

Le bleu de février, jauni par le soleil, tourne au vert de mars. Vert est vigoureux et vertueux, dit l’étymologie. Je n’irai pas la contredire. La végétation envahit les environs. Nous respirons mieux. Lenteur fulgurante du printemps. D’un jour à l’autre nous y sommes, et il semble qu’il n’a fallu aucun effort aux plantes pour renaître, tant leur effort était diffus et profond.

Si un paradis nous attend, c’est le jardin de l’éternel printemps, une composition en vert et blanc, où la pousse perce et absorbe la neige, et celle-ci, concentrée dans la tige, éclate ensuite dans la fleur, illuminant les feuilles. Ou serait-ce une harmonie en verdoré ? Lorsque le pollen reste en suspension dans l’air, poudre miraculeuse derrière les fenêtres entr’ouvertes, d’où vient une brise qui apporte enfin des parfums. Des taches d’or ou de blanc parsèment les forêts, certains ont cru y voir la nudité des nymphes ou le sillage des fées.

Vert n’amasse pas, il disperse ses éclats. Où qu’il soit, un feuillage palpite. Même apposé sur une surface, imprégné dans l’étoffe, uni, plein, saturé, il garde le tremblement incertain du grand dehors, cette clarté agitée des arbres qui ajoure nos pensées. Son intranquillité, curieusement, nous apaise. L’instabilité est sa loi, la souplesse sous le souffle des vents et des vivants. Il ondoie, scintille, brouille, bafouille. Murmure des frondaisons, émanation des murs, des routes et des troncs, miroitement, frissonnement des lacs. Il décrit maille à maille la ligne de partage entre la lumière et l’ombre, comment elles tricotent, détricotent la texture du monde.

Senteur plus que couleur, vert reste sur les doigts et relève les plats. Il rêve dans une tasse abandonnée et donne sa teinte à la vérité. Magie des herbes, talismans d’émeraude ou de jade, trèfle conservé dans un cahier, signe de chance et de santé, mais aussi de la maladie qu’il guérit, il risque, comme tous les remèdes, de tourner au poison. Il appartient à un autre règne, enchanté peut-être, mais les enchantements comptent de nombreux maléfices. Ses variations nous hypnotisent. Le végétal y prend l’étincelant du minéral. Bourgeon se dit gemme en italien. Feu froid, ardeur argentée, dernier cri du crépuscule, il nous sidère soudain, quand il avait cessé de nous étonner.

Vert est jeune, trop jeune, poussée brusque qui n’a pas eu le temps de s’attendrir, surplus de sève et de sucre qui monte à la tête du ciel, ivresse de désirer si fort, de vouloir vivre encore et plus et de nouveau. De la jeunesse, il a la réserve et l’excès. On sait peu de choses de lui si ce n’est la passion qu’il met à grandir. Aucun obstacle n’interrompt sa croissance. Sans nos précautions, en une saison, il aurait repris ses droits sur nos villes et nos maisons. Hardi, cru, mordant comme un adolescent, il rit de nos craintes. Il a trop à donner pour avoir peur de perdre.

9 commentaires sur “Vert

    1. Et je vous remercie pour vos encouragements à chaque publication ! Je pense faire un recueil à la fin de la série, en micro ou auto édition. Je vous enverrai un exemplaire ! Ma couleur préférée change chaque année, je ne suis absolument pas fiable dans mes affections colorées. Le bleu est celle qui revient le plus souvent.
      La photo est plus destroy que d’habitude, elle ne rend pas justice à la splendeur du vert, mais à son caractère. J’en posterai une autre, plus présentable, pour le premier jour officiel du printemps.

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