Lire Erri de Luca

Avec un craquement se redresser, un froissement se déployer, atteindre à une verticalité triomphante au flanc de ses précipices, sous la lumière qui se dévoile. Farouche et fraternelle, la parole entre comme un grand vent, secoue jusqu’aux racines, emporte les regards et les rumeurs, recentre autour de sa seule silhouette, et de son ombre. On retrouve l’innocence de l’action. Les mots sont à la mesure des mains, les phrases ont la durée d’une respiration. Dieu est une éthique, indiquant comment vivre plutôt que pourquoi vivre – d’ailleurs il n’existe pas. La beauté a l’éclat des lucioles et des braises : elle crépite dans le cœur, lente et dense.

Passages de son premier livre, Non ora, non qui, que je traduis :

« Je n’ai rien fait. » « Je n’ai pas fait exprès. » Avec ma femme j’ai continué, distrait, à brasser le vide de ces phrases banales. Elles provoquaient des confusions entre nous, mais aussi de la bonne humeur. « Tu m’as toujours aimée », me dit-elle une fois. Elle était déjà malade, j’étais à son chevet et, sans prêter attention à ses propos, je répondis mon habituel « Je n’ai pas fait exprès ». Alors, elle sourit. J’aimais quand cela lui arrivait. Son sourire, c’était, imprévue au détour d’une rue, une place chauffée par le soleil. Je fermais les yeux un moment et le retenais dans l’obscurité avant qu’il ne se retire. Je fermais les yeux pour le conserver.

Je t’en parle parce que nous n’en avons jamais parlé et que l’occasion ne se représentera pas. Nous avons vécu avec des personnes que nous aimions sans le savoir, que nous maltraitions sans nous en rendre compte : un jour quelconque elles disparaissent et nous n’en parlons plus. Elles ont laissé une odeur d’eau de Javel sur la main qu’elles nous ont serrée, une caresse rude et embarrassée, elles ont lavé le sol de notre maison en chantant avec une joie que nous n’avons jamais éprouvée. Ce fut leur vie irréductible, que nous avons ignorée quand nous la partagions et que nous ne connaissons maintenant que pour l’avoir perdue. Je t’en parle, maman, parce que ce sera pareil entre nous.

Pour moi, il s’agit de ça, d’être le reste de certaines personnes, de leur soustraction. Je porte le vide qu’elles m’ont laissé.


“Non ho fatto niente.” “Non l’ho fatto apposta.” Anche con mia moglie ho proseguito sopra pensiero sul vuoto di queste frasi banali. Ci procuravano confusioni, ma anche buonumore. “Mi hai amato sempre”, mi disse una volta. Era già malata, io le stavo accanto e senza far caso alla parola risposi il mio “non l’ho fatto apposta”. Perciò sorrise. Mi piaceva quando le veniva di farlo. Era un improvviso largo in una via, una piazza scaldata il suo sorriso. Chiudevo gli occhi per un attimo e lo trattenevo nel buio prima che si ritraesse. Chiudevo gli occhi per custodirlo.

Te ne parlo perché non capiterà un’altra volta e non l’abbiamo fatto prima. Vivemmo con persone amate senza saperlo, maltrattate senza accorgercene: un giorno qualunque spariscono e non ne parliamo più. Ci hanno lasciato un odore di varechina nella mano che ci strinsero, una carezza ruvida e impacciata, ci hanno lavato i pavimenti cantando per un’allegria che non provammo mai. Fu vita loro irriducibile che ignorammo finché fu con noi e ora conosciamo solo perché la perdemmo. Te ne parlo, mamma, perché sarà così anche tra noi.

Di questo si tratta per me, di essere il resto di alcune persone, delle loro sottrazioni. Porto il vuoto che mi hanno lasciato.

3 commentaires sur “Lire Erri de Luca

Les commentaires sont fermés.