Souterrains

Récits de rêve

Un jeune père rentre chez lui. Son fils a ouvert la porte aux gendarmes. Ils cherchent la guillotine. La veille, le père a révélé à son fils où elle se trouvait : sous les dalles du couloir de l’entrée, là où, sous une lampe crue, le fils fait ses devoirs. Mais le fils n’a rien trahi et le père ne dira rien non plus. Il s’assied dans l’entrée, les pieds sur les dalles où se trouve la guillotine, la tête dans les mains, cheveux d’un blond presque blanc comme ceux de son fils, tandis que les gendarmes descellent les dalles de la cuisine. Il les laisse faire, il les attend.

Nuit précédente

Inquiet des pouvoirs grandissants de son élève, craignant que celui-ci ne puisse les maîtriser ou d’être lui-même dépassé, un maître enferme son disciple dans la terre, qui se révèle creuse, caverneuse, faite de ponts, d’étages et de précipices, parcourue de courants d’air et d’eau. Le disciple y reste longtemps, des années. Il s’entraîne à pulvériser la pierre, passant d’un niveau à l’autre, de la profondeur à la surface à la profondeur. Il finit par crever la dernière surface et sortir à l’air libre. Il fait nuit dehors, aussi sombre que dedans, si ce n’est la blancheur de la lune et il fracasse d’une pierre blanche ceux qui l’arrêtent. Il cherche son maître.

12 commentaires sur “Souterrains

    1. Oui, mais le rêve est toujours meilleur ! Mon cerveau pense mieux quand il dort.
      Par contre, mes contes partent souvent d’un fragment de rêve, d’un rêve qui n’a pas atteint la forme du récit ou qui n’est pas resté sous cette forme, une image, une sensation, une ambiance.
      Et il n’y a pas de grande différence entre l’état de veille et l’état de rêve chez moi. Je passe mon temps à essayer de me réveiller d’une rêverie perpétuelle. Ca peut sembler anodin, mais ça me crée plein de problèmes !

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      1. Je viens de lire ce soir aux enfants – encore – un passage du Seigneur des Anneaux. Tolkien y décrit comment Legolas l’elfe parvient, contrairement à l’homme et au nain qui l’accompagnent, à se ressourcer : il laisse son esprit vagabonder dans une sorte de rêve éveillé. Les elfes ont un rapport au temps et au rêve tres différent du nôtre. Dans la forêt de Lothlorien, plusieurs temporalités et plusieurs époques semblent s’entretisser. Je pense que tu es très elfe.

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          1. Hélas je ne sais pas, pour la traduction. Celle que j’ai lue quand j’avais 17 ans était de F. Ledoux, chez Pocket, mais il doit y en avoir de plus récentes. Je l’avais beaucoup aimée, cela dit, à l’époque. 🙂

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  1. Souterrains… Le souterrain est l’univers familier de mes rêves, mais tes souterrains sont différents – en lisant le second récit, j’ai néanmoins eu la sensation de reconnaître le moment où le disciple perce la croûte de la terre et s’échappe.

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  2. Ton rêve est très scénographique, très sensoriel, fantasmagorique, on dirait un conte mythologique: c’est le propre des rêves avec leur couleur. Tu as du retravailler la matière brute pour en faire ce récit.C’est clair et fluide: de la prose poétique, très agréable à lire.
    Je suis d’accord ,il y a là l’architecture d’un roman d’aventures.

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