Définir la gauche et la droite

M’étant aventurée dernièrement sur le terrain de la politique, je ressens le besoin de définir les termes. Là plus qu’ailleurs on se satisfait de mots creux, à commencer par droite et gauche.

La gauche s’oppose à la hiérarchie, au pouvoir exercé et subi. Selon ses tendances, elle souhaite l’abolir, l’inverser ou la minimiser. Elle valorise le mélange des cultures et des sexes, l’ouverture des frontières et la liberté de mœurs. Contre l’ordre établi ou l’ordre tout court, elle promeut l’égalité et la mixité. Elle n’est pas tant tournée vers l’avenir que vers la nouveauté, d’où le nom de progressisme qu’elle prend aussi, repoussant sans cesse les limites du possible et du connu, impatiente en quelque sorte de connaître la suite. Dans ce contexte, le passé est souvent un repoussoir et le présent un état avec lequel on doit rompre.

La droite valorise au contraire la hiérarchie, avec la mobilité sociale qui permet d’y monter ou descendre, mais sans remettre en question une ordonnance des compétences et par suite des puissances. Elle estime que la justice réside dans la reconnaissance des différences davantage que dans le traitement identique de tout un chacun. Elle défend les limites (entre les sexes, les pays, les personnes, les âges) et juge indispensables l’ordre et l’autorité qui les garantissent. Conservatrice, elle ne souhaite pas revenir au passé, mais le préserver. Sans se détourner de l’avenir, elle ne lui confère pas de valeur particulière et souhaite qu’il soit à la hauteur du passé qu’elle révère.

La notion de travail ne permet pas de départager gauche et droite : chacune comporte des tendances contradictoires. À gauche, les travailleurs les plus éprouvés rencontrent les militants de la paresse et à droite l’oisiveté défend ses privilèges comme le labeur le fruit de ses efforts. Chacune valorise à sa manière le travail manuel et intellectuel : traditionnellement, figures modèles du paysan et de l’érudit à droite, du scientifique et de l’ouvrier à gauche – ce qui change ces derniers temps à la suite du tour anti-scientifique et plus largement anti-rationnaliste qu’a pris la gauche. Longtemps, la gauche a pris la défense du travail manuel contre le travail intellectuel (et à raison, le travail manuel manquant de reconnaissance), mais étant le parti des intellectuels, elle s’est finalement éloignée de cette mission, les intellectuels prétendant éduquer les manuels au lieu de leur laisser la parole, surtout si ceux-ci dérangent leurs idées.

L’égalité permet de cerner leur clivage, mais pas la liberté ou la fraternité : à gauche l’État devrait se charger de la solidarité, à droite les individus ou les communautés qu’ils forment, à gauche la liberté est anarchiste, à droite libérale, ou plus précisément la gauche milite pour la liberté de mœurs et la droite pour la liberté du marché. Aucune n’a le monopole dans la recherche d’harmonie ou de conflit, dans la propension à la violence ou le désir de paix.

Difficile de savoir laquelle valorise le plus l’individu ou la communauté. À gauche, l’individualisme s’affirme dans un affranchissement de toutes les normes communes afin de maximiser l’épanouissement de soi, tandis que la communauté se retrouve dans la camaraderie de l’amitié, la solidarité de quartier, les utopies tentées dans des territoires vierges ou abandonnés. À droite, l’individualisme se manifeste dans la recherche de l’intérêt personnel et la valorisation de la compétition entre les membres de la société, tandis que la communauté prend les formes plus classiques de la famille et de la religion, des institutions déjà instaurées. Quand les deux tendances se constituent en groupes et partis, la gauche se divise plus facilement que la droite, car la droite valorise la loyauté et l’unité, tandis que la gauche valorise la critique et la rupture.

Quant à la culture, la droite privilégie la transmission et l’imitation de modèles, la gauche l’invention et l’expression de soi – ce qui permet à la droite de juger la gauche idiote et ignorante et à la gauche de juger la droite timorée et ennuyeuse. Dans l’enseignement, la droite préfère l’exigence et la gauche l’indulgence. La domination culturelle de la gauche vient de ce qu’elle valorise la nouveauté. Elle attire ainsi le plus de créatifs et de curieux, qui sont aussi à l’origine de la production culturelle.

Surtout, les deux mouvements n’ont pas le même rapport au pouvoir et à la responsabilité. Traditionnellement, la gauche défend ceux qui sont privés de pouvoir, les opprimés de toutes sortes. De là sa supériorité morale qui n’est pas entièrement usurpée. Elle estime que le pouvoir symbolise de la force pure, que sa répartition est inique, son exercice tyrannique. Cependant, sa tendance à repousser sans cesse les limites, ou à les abolir tout bonnement, l’amène également à exposer au danger les plus vulnérables que ces limites protègent, comme le montre récemment son atteinte répétée aux droits des femmes et des enfants.

Souvent, la droite voit dans les revendications de la gauche une expression d’envie et de ressentiment. Elle pense que la répartition du pouvoir est justifiée et elle en donne la responsabilité aux individus. L’on mérite, du moins en partie, sa destinée, dont on décide par ses actions. La vie est un jeu aux règles strictes qui résulte en perdants et gagnants. Malgré sa dureté et ses difficultés, on ne peut pas abolir le jeu qui est la vie elle-même. On irait ainsi contre la nature (des hommes ou du monde) et on le payerait par un appauvrissement général.

La gauche déplace la responsabilité de notre sort vers la société, en expliquant la situation de chacun par son environnement et son conditionnement. Elle souligne la part de hasard, d’arbitraire dans le jeu et cherche à la réduire autant que possible. Dans son idéal, tous seraient gagnants, indépendamment de leurs talents ou de leur travail – et dans une certaine mesure ils doivent l’être, un minimum doit être garanti à tous, par humanité et pour entrer de nouveau dans le jeu en cas de perte. Parfois elle est si éprise d’égalité qu’elle préférerait que tous soient perdants plutôt que départagés entre gagnants et perdants, c’est-à-dire tous pauvres plutôt que pauvres et riches.

Pour finir, en respectant les limites, la droite garantit la protection des personnes et l’inviolabilité de leurs droits, comme en témoigne son souci de sécurité et d’autorité. Paradoxalement, dans sa conception de la hiérarchie, elle défend à la fois les plus forts et les plus faibles, parce que les plus forts ont un devoir de protection envers les plus faibles. Mais parfois son désir d’ordre prend le pas sur son souci de protection et elle se montre alors capable des pires exactions pour le maintenir.

Ce respect des limites l’amène aussi à s’opposer à la gauche en matière de propriété privée et d’immigration. La droite considère la propriété privée comme inviolable en ce qu’elle marque la limite fondamentale entre soi et les autres, tandis que la gauche estime qu’elle ne fait pas partie intégrante de l’individu et peut être entamée à des fins de redistribution. La droite souhaite défendre les frontières et contrôler l’immigration selon certains critères (de qualité et de quantité), tandis que la gauche les ouvre grand et abolit tout critère (un critère étant discriminant et donc contraire à l’égalité des hommes). De même concernant le féminisme : la gauche essaye de politiser l’intimité, en effaçant la limite entre privé et public, alors que la droite désire la maintenir.

Comment se situer ?

Les deux ont tort et raison et sur les mêmes sujets. Le pouvoir est à la fois juste et injuste, partagé (mais pas toujours à parts égales, cela dépend des sociétés) entre une composante tyrannique et inique et une composante équitable et bénéfique. On ne peut pas vivre sans hiérarchie de valeurs et donc sans une hiérarchie d’actions et de fonctions qui structure la société. Mais les hiérarchies sont plus ou moins justes et plus ou moins prononcées. Avec le temps, elles tendent à s’accentuer et se rigidifier et toujours, elles favorisent les abus. Il faut les renouveler par la mobilité sociale, les réduire par la redistribution, les surveiller par des contre-pouvoirs. Le pouvoir qu’elles distribuent exprime en effet de la force pure, mais la force est un élément irréductible du monde et il faut bien penser à sa répartition, ne serait-ce que pour la rendre plus juste. En outre, les rapports humains ne se résument pas à des relations de pouvoir et l’interdépendance où nous sommes est bien plus complexe qu’un rapport dominant-dominé.

De même, il est vrai que l’être humain est responsable de ses actions, mais vrai aussi qu’il est conditionné par la société et déterminé par son environnement. Coupler toujours plus de liberté avec toujours moins de responsabilité, comme le fait la gauche, mène à la catastrophe, flattant nos pires instincts ou les instincts des pires individus. C’est dans la mesure où nous sommes libres que nous sommes responsables, et sans le contre-poids de la responsabilité, la liberté devient criminelle. Mais nous donner l’entière responsabilité de notre destinée, comme le fait la droite, tourne à la cruauté, puisque nous ne venons pas au monde avec les mêmes facilités, données ou innées, et connaître nos conditionnements permet de nous en défaire et de mieux agir. Une entière responsabilité suppose que nous sommes entièrement libres, ce qui n’est pas le cas.

Pour ma part, je trouve que le libre arbitre, ce couplage de liberté et de responsabilité qui prend en compte nos limitations, est préférable au déterminisme social ou biologique comme à la pleine responsabilité reposant sur l’illusion d’une pleine liberté. Le libre arbitre est le seul pouvoir qui vaille, celui qui résiste même à la plus cruelle oppression et qui ne se définit pas par l’ampleur de notre emprise sur les autres, mais par l’exigence sans cesse renouvelée envers soi. Aussi étroite que soit notre marge de manœuvre, nous en avons toujours une et l’on ne peut reprocher tous nos manquements à la société, c’est-à-dire aux autres, ou à la nature, à qui on peut faire dire n’importe quoi puisqu’elle est muette. Certes, nous ne sommes pas maîtres de notre destinée, mais pas non plus ses victimes. Et, quelle que soit notre condition, nous sommes davantage affranchis par un discours qui nous investit de ce pouvoir que par un discours qui nous réduit à l’effet d’une cause.

Même ambivalence sur les autres sujets. Il faut garantir les limites qui préservent l’intégrité des personnes. Leur transgression est une expression de force pure, qu’étrangement la gauche ne condamne pas, qu’elle aurait plutôt tendance à louer. Mais les limites sont aussi coercitives, asphyxiantes, étouffant la vie dans son expansion naturelle, d’où l’atmosphère délétère de certaines familles, institutions religieuses ou sociétés traditionnelles. La mixité des cultures et des sexes fait respirer, élargissant l’espace autant physique que psychique. Elle est une richesse en ce qu’elle permet de croiser les approches, multiplier les perspectives, avoir une vision plus exhaustive de la réalité, mais elle ne devrait pas occulter les différences et il serait naïf de croire que ces différences ne deviennent pas parfois conflictuelles. Les deux sexes ont vécu dans des sphères séparées d’activités, d’affinités et de valeurs pendant des milliers d’années et il n’y a rien d’étonnant à ce que leur réunion suscite des frictions. De même pour les cultures.

Refuser d’accueillir tous les immigrés, trier entre eux par critères ou limiter leur nombre nous oblige à l’inhumanité et l’immigration peut être une opportunité partagée entre ceux qui arrivent et ceux qui accueillent, cependant une immigration trop nombreuse et rapide qui se dispense de tout critère menace à terme la cohésion de la société et de nouveaux citoyens ne peuvent être intégrés que dans la mesure de ses capacités d’accueil. Ce sujet révèle un clivage plus profond entre gauche et droite, qui se rapporte à l’espace et non plus au temps : selon les termes du débat, il oppose enracinés et déracinés, ruraux et citadins, somewhere et anywhere, nationalistes et cosmopolites ou encore périphériques et centralistes, la droite étant plus ancrée localement, tandis que la gauche porte une vision universaliste.

La propriété privée s’accumule jusqu’à ce que certains aient tout et d’autres rien – le jeu arrive souvent à ce résultat, c’est peut-être une de ses lois – et la redistribution est indispensable, mais il est vrai aussi que la propriété privée est un prolongement de soi et pas seulement une possession échangeable ou dispensable. On le voit dans le cas de l’héritage : alors même que son imposition est un important moyen de redistribution, beaucoup la critiquent ou ne souhaitent pas l’étendre, parce que l’on n’accumule pas des possessions pour assurer seulement sa propre sécurité, mais aussi celle de ses enfants et petits-enfants et ce qui transmis n’est pas qu’un acquis : c’est son propre passé, sa propre vie.

La sphère privée n’échappe pas à la politique. Par exemple, la société doit intervenir dans les familles et les couples en cas d’abus. Mais la politisation à outrance de l’intimité ne permet pas de résoudre l’extrême complexité et variété des relations humaines. D’autre part, un État qui a le pouvoir d’intervenir dans notre intimité au point de la façonner devient totalitaire.

La justice réside à la fois dans la reconnaissance des différences et dans le traitement identique de tout un chacun (et non dans l’une ou l’autre). Par exemple, la distinction est une forme de domination, mais aussi une forme de dynamisme. Donner le meilleur de soi-même ne se réduit pas à dominer les autres et si chacun agissait de la sorte, tous seraient portés vers le haut, alors que le refus de tout surpassement amène à rabaisser tout le monde, à commencer par soi. Kant faisait de ce développement de nos qualités une de nos premières obligations morales. La méritocratie comporte une violence indéniable : elle est plus dure que le hasard parce qu’elle nous fait mériter notre sort, nous en rend responsable, mais il n’existe pas de meilleur critère pour faire fonctionner au mieux une société que la compétence et sa reconnaissance.

Le passé peut servir à la fois de modèle et de contre-modèle, offrant le meilleur comme le pire, et nous ne sommes ni meilleurs ni pires que nos prédécesseurs. L’innovation technologique nous protège de certains risques et nous expose à d’autres, la liberté de mœurs nous donne plus de marge d’action, mais elle comporte de nouvelles aliénations. Le progrès offre une splendide histoire de réussites, mais toute invention n’est pas pour autant une avancée. Difficile de départager entre conservateurs et progressistes, entre la tradition et l’expérimentation, les deux ayant leurs inconvénients et leurs avantages.

Quant à la culture, les deux tendances se réconcilient chez les vrais artistes et les grands penseurs : pas d’originalité sans retour à l’origine, pas d’invention sans transmission, et entre l’expression de soi et l’imitation des modèles, il y a un chemin plus intéressant qui mène au vaste monde. Dans ce contexte, l’enseignement consiste à trouver le juste milieu entre indulgence et exigence, en imposant des objectifs mais en donnant les moyens et le soutien pour y parvenir.

La droite plaide pour l’ordre et sa sécurité, la gauche pour le désordre et sa créativité. Verticalité du devoir contre horizontalité de l’exploration. Ou encore dureté du réalisme contre douceur de l’idéalisme, pessimisme de l’expérience contre espérance d’un monde meilleur, etc. Elles devraient vivre en équilibre, d’autant que lorsque la société penche vers un extrême, elle est reportée vers l’autre, et qu’il vaut mieux éviter les extrêmes. Comment tracer cette ligne à ne pas franchir, où elles deviennent un danger pour la société ?

Dans le rapport à la hiérarchie, quand la gauche n’en tolère plus aucune (diabolisation de l’autorité, abolition de toute différenciation) ou quand la droite consacre celle qui est en place malgré son injustice manifeste (plus de mobilité, de plasticité ou de redistribution en son sein). Les deux ont aussi tendance à confondre les hiérarchies de valeurs (de richesse, de mérite, de vertu), la droite estimant que la richesse est le fruit de la vertu et/ou du mérite et la gauche à l’inverse que le mérite et la vertu ne se trouvent que chez les pauvres et que les riches le sont forcément par corruption ou privilège. Un peu d’expérience de la vie invalide ces deux théories.

Dérive dans le rapport au passé, quand, à droite, le passé devient un mythe que nous devons incarner par des actes héroïques et souvent meurtriers, sa prétendue gloire nous gonflant d’une grandeur trompeuse, ses hauts faits nous convainquant d’une soi-disant supériorité, ou quand, à l’inverse, à gauche, la destruction du passé devient la seule manière de s’accomplir, et il ne faut pas en laisser la moindre trace, sans reculer devant le massacre, pour que l’avenir soit vraiment neuf. Un rapport sain et lucide avec le passé est la seule manière d’avoir un rapport sain et lucide avec l’avenir. De plus en plus, il nous manque l’espérance, la douce espérance parce qu’il nous manque la mémoire, une mémoire sincère et sensible.

Dérive dans leur dimension idéologique, quand les gens de droite ou de gauche ne reconnaissent pas les dommages que produisent leurs idées, parce qu’ils ont consacré leur vie à ces idées, qu’ils ont façonné leur esprit autour d’elles ; et elles ont maintenant plus de prix que la vie des autres et que la liberté de pensée de tous, y compris la leur. Chaque tendance a son point aveugle. La droite croit être le camp de la réalité et la gauche le camp du bien. La première ne voit pas qu’elle ne défend qu’un des possibles de la réalité, certes réalisé, mais qui n’est pas le seul possible ; et la seconde ne reconnaît pas la part de mal qu’elle comporte et propage, comme si ses bonnes intentions sanctifiaient toutes ses actions.

De dérive en dérive, on touche à l’extrémisme, et il y a là une ligne ultime à ne pas franchir : quand une partie du peuple est considérée comme l’ennemi du peuple et qu’on fantasme sa disparition, que cette partie soit une minorité ou une majorité ethnique, ceux possédant plus ou moins que soi, l’autre parti ou encore l’autre sexe (ce cas est plus rare, puisqu’il menace la survie de l’espèce, mais les nouvelles technologies de la reproduction permettent à certains d’en rêver).

Définitions qui pointent les qualités et les défauts récurrents de l’une et de l’autre tendance et qui permettent de voir que nous occupons souvent des positions plus contrastées qu’on ne le croit.

Aujourd’hui, le paysage politique prend en compte ce contraste. Marine Le Pen est économiquement de gauche et culturellement/socialement de droite, allant dans l’extrême au sujet de l’immigration et de la diversité. Emmanuel Macron est économiquement de droite et culturellement/socialement de gauche, la crise du covid l’ayant reporté légèrement vers la gauche en économie. Jean-Luc Mélenchon reste plus traditionnel, de gauche économiquement, socialement et culturellement, mais il va lui aussi dans l’extrême, en ne posant aucune limite et en adoptant bien des dérives. Malgré ces croisements de surface, le clivage de fond gauche/droite persiste et il ressurgit sur bien des sujets.

Il est intéressant de remarquer que la gauche a bien plus de mal que la droite à tracer la limite à ne pas franchir vers l’extrémisme. Cela tient à sa nature qui consiste à effacer ou repousser sans cesse les limites. Celui qui va le plus loin en ce sens semble meilleur que les autres. Ainsi la modération ne se distingue pas de l’extrémisme et celui-ci est même valorisé. Une bonne question à poser à la gauche, sur tout sujet, est : où se trouve la limite ? À l’inverse, à la droite, il est important de montrer que le monde ne s’écroule pas si on enlève ou déplace telle ou telle limite et qu’il peut même devenir meilleur.

Un nouveau processus bouleverse la gauche et la droite : à gauche, progressisme et égalitarisme se dissocient, en favorisant le premier au détriment du second, ce qui amène les plus défavorisés à préférer la droite, où le processus inverse a lieu : le conservatisme s’associe à l’égalitarisme. Mais ce processus ne concerne pas l’ensemble des deux tendances.

Le danger du centrisme n’est pas l’extrémisme, mais de neutraliser la dialectique, de mettre fin au dialogue, d’enterrer la discorde au lieu de la résoudre. On a pu parler d’un extrême centre. Erreur dans les termes : il s’agit en vérité d’une politique d’union nationale, adoptée lors des guerres et des crises graves. Les différentes tendances s’allient sans se réconcilier et le gouvernement se caractérise par une politique de droite dure, ne tolérant pas le désordre pour faire face aux difficultés.

J’espère que cette cartographie (qui simplifie et ne rend pas compte de toutes les nuances, la carte n’est pas le territoire) permettra à chacun de mieux se situer dans les débats et de comprendre que l’interlocuteur n’est pas un ennemi, qu’il s’exprime depuis son tempérament et son histoire, que sa vision du monde est complémentaire de la nôtre (quand il ne pense pas, comme souvent, par simples mimétisme et conformisme avec son milieu). Ceux qui ont de mauvaises, très mauvaises idées ne sont pas tous de mauvaises personnes, comme ceux qui ont de grands et nobles idéaux n’agissent pas forcément à la hauteur.

2 commentaires sur “Définir la gauche et la droite

  1. Article très intéressant que je ne lis que tardivement. Vous cernez bien les contradictions et les confusions. Manque une perspective historique, être de gauche en 2022 est-ce la même chose qu’être de gauche en 1960 ou en 1980? Je ne crois pas. L’individualisme que vous repérez à juste titre à gauche en ce moment (la liberté sans limite…) n’était pas de mise dans la gauche des années soixante, qualifiée alors de « collectiviste ». La gauche a reçu un énorme coup sur la tête avec l’effondrement du mur de Berlin: on ne pouvait plus revendiquer un égalitarisme fondé sur le collectivisme, l’Union Soviétique avait fait faillite. Que comprendre à Brecht aujourd’hui? ce sont les nostalgiques de la période PC qui le jouent encore. Ce qu’on aime, c’est Shakespeare ou Tchékhov. Réfléchissant à ça, j’ai écouté ce matin sur France Culture un essayiste qui vient d’écrire sur le style réactionnaire, de Mauras à Houellebecq, il disait nettement que le style ou la recherche du style nous situe à droite car elle implique une sorte de hiérarchisation des individus. ce avec quoi je suis d’accord. Ayant cru pendant longtemps être de gauche, je me retrouve ainsi soudain… à droite!

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    1. Je suis contente que l’article vous ait plu ! En effet, il manque la dimension historique, ainsi que la dimension géographique. La gauche française n’est pas l’italienne ni l’américaine, même si toutes tendent à s’unifier sous l’influence de cette dernière. Ce n’est qu’une esquisse ! Je n’arriverais jamais à écrire un essai, je change d’avis trop souvent 🙂
      Je crois que la gauche a toujours eu cette tendance individualiste : la libération sexuelle ne raconte que cela, l’affranchissement des désirs personnels au détriment du commun, notamment de la famille conçue comme exclusivement et nécessairement oppressive, mais encore des « normes » du couple monogame ou hétérosexuel, etc.
      Pour moi, les deux tendances existent dans leur contradiction depuis le début, entre la revendication de droits individuels et le rêve que ces désirs libérés mènent à collectivité de partage.
      Pour le style, je ne sais pas s’il faut tout politiser, il y a des gens de gauche qui ont du style 🙂 Mais il y a aussi, comme vous, des gens de gauche qui sont des gens de droite qui s’ignorent, du moins sur certains sujets !
      En effet, la reconnaissance de l’excellence suppose une hiérarchie et en cela toute pratique artistique, intellectuelle ou sportive qui souhaite se surpasser et viser le meilleur de ses possibilités a des présupposés de droite.
      Quant à moi, je ne sais pas trop ce que je suis, ça dépend des sujets.

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