La haine

Puisque nous parlons de thérapie, mentionnons la plus courante : la haine. La thérapie de ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas en suivre, pourrais-je dire par boutade. Refusant à tout prix de se connaître, ils méconnaîtront l’autre autant qu’eux-mêmes. La haine peut porter sur toutes sortes d’objets. Cependant, cet objet se distingue ici en ce qu’il n’est pas singulier (telle personne), mais généralisé (toutes les personnes de ce type). Cela peut être les étrangers, la famille, l’adversaire politique, les gens en général, l’espèce humaine, l’autre sexe, ou même des motifs mythiques comme le diable, le démon, et la figure de l’autre n’est au fond qu’une figure de soi. Ce que Jung appelle l’ombre. L’ombre représente notre part faible, infantile et négative, que nous ne reconnaissons pas comme nôtre et projetons sur l’autre. Elle renvoie au côté négligé, abandonné de la personnalité, parce qu’il ne répond pas aux attentes de l’entourage et de la société ou qu’il n’a pas eu l’occasion et le temps de se développer – ce que j’ai appelé la fonction inférieure lorsque j’ai traité de la typologie jungienne. Pourtant, elle n’est pas foncièrement et entièrement mauvaise, elle demande seulement à être exercée, raffinée, à entrer dans la conscience et recèle des richesses inexploitées, ainsi qu’un caractère intempestif et sacrilège porteur de renouveau. Face obscure, double maléfique, jumeau inversé, elle ne manque pas d’illustrations artistiques et littéraires.

Lorsqu’elle commence à sortir dans la lumière, nous ne pouvons pas la supporter. Nous avons honte ou peur de son visage et nous voulons la ramener dans l’ombre, ce qui signifie, lorsque nous projetons l’ombre sur l’autre : l’abolir. C’est exactement le geste de la haine. Elle tente de néantiser son opposé, à tout prix, et non de l’intégrer, peu à peu. Le Sorcier de Terremer d’Ursula Le Guin raconte l’intégration indispensable de l’ombre par le héros : il reconnaît le mal comme une part de lui-même. C’est le premier tome de la série, la première étape de l’individuation jungienne. Autant dire que certains n’accèdent même pas à ce stade.

Bien sûr, dans une situation d’iniquité, il est juste de ressentir de la colère, de réparer les torts, de lutter coûte que coûte, juste et courageux et nécessaire. Quand cette lutte devient-elle de la haine ? Je dirais : quand elle touche à l’essence, aux personnes dans leur chair et non à l’institution qui leur accorde privilège, quand elle devient absolue, renonce à la conscience, cherche à détruire son adversaire, rêvant d’un monde où il n’existerait pas. La haine est très thérapeutique, à court terme. Elle donne à foison de la force facile, elle est accessible, jouissive, galvanisante, elle fait de soi un héros comme on en voit dans les histoires : entier, de seule lumière, sans ombre justement. On semble ainsi guérir des souffrances infligées par quelques personnes, en haïssant le type auquel elles appartiennent. Mais à long terme, elle ne résout rien, elle aggrave la scission de la personnalité et la haine s’approfondit d’autant, comme seule manière de la réduire, mais sans y parvenir. Je l’ai déjà dit : seule la vérité guérit.

Je prendrai comme exemple le féminisme qui devient misandrie. Pourquoi ? Parce que, malheureusement, seule une femme semble être légitime pour aborder le sujet. Mais surtout parce que le féminisme m’a sauvée et je veux le lui rendre, je veux le sauver de son ombre, le garder de sa haine. Je lui dois tant. Non seulement grâce à lui, je peux lire et écrire, me consacrer à ce qui m’anime, mais il m’a mise en vacances perpétuelles des attentes de la société. Il m’a libérée des hommes comme des femmes. Libérée du regard des hommes, ce qu’on appelle le male gaze, du devoir d’incarner leur désir. Toutes les petites filles, du moins encore dans ma génération, ont grandi sous ce précepte : il faut plaire, il faut être aimable, le but de l’existence, c’est d’être aimée. Voici la finalité, jamais clairement formulée, mais partout affichée, dans l’ensemble de la culture, comme si la femme était le tournesol et l’homme le soleil. Quand un film ou un livre ne suit pas ce schéma, il en présentera un autre tout aussi aliénant : la femme y sera fascinante par sa fragilité, sa folie, son angélisme, bref, par son âme brisée ou absente et le véritable sujet, ce sera la fascination de l’homme. Malgré la prise de conscience récente, combien d’hommes continuent à croire que leur plaire ou leur déplaire a pour nous une quelconque importance : ils ressentent le besoin de nous arrêter dans la rue pour nous en informer. Messieurs, soyons clairs, vos goûts et vos dégoûts nous indiffèrent. Me vient aussi cet étonnement : ces hommes qui ne cessent de nous juger, jauger, aborder, quels que soient leur apparence, leur âge et leurs manières, se sont-ils jamais regardés ? Apparemment non, pour beaucoup, être un homme suffit à être désirable. À la différence de tant de femmes qui pensent par naissance être indignes d’exister et consacrent toute leur vie à prouver leur valeur et mériter d’être aimées.

Mais le féminisme m’a aussi libérée des femmes, de la haine de la femme pour la femme, qui est abyssale – et le fait du patriarcat, je n’en doute pas, mais prenons nos responsabilités : de toute haine transmise, nous portons la faute de la transmettre à nouveau. Dans ma famille, dans celle de mes amies, ce sont les mères qui apprennent aux filles à se haïr, avec précision et exhaustivité, à haïr leur corps dans le détail : poils, gras, peau, nez, cheveux, que sais-je, et parfois s’y ajoute la rivalité, une rivalité qui se rejouera avec les autres femmes pour savoir qui mieux répond au désir des hommes, hommes dont finalement elles se préoccupent peu, puisque la compétition l’emporte sur le prix. Mais cette haine existe aussi entre hommes, cette rivalité, cette volonté de prouver qui sera le plus homme parmi les hommes, comme la plus femme parmi les femmes, et surtout les relations entre femmes ne se réduisent pas à cette haine. Le male gaze veut nous le faire croire. Dans notre culture, les femmes entre elles sont représentées en harpies, qui se jalousent, se disputent, médisent les unes des autres, sans aucune camaraderie. Nous n’y trouvons pas trace de nos amitiés. Seule reste l’amitié sobre et virile des hommes taciturnes. Celle des femmes ne serait qu’envie et bavardage. On ne saura presque rien de la sororité des temps anciens qui devait ressembler à celle d’aujourd’hui : solidarité à notre image, sincère et passionnée, tout l’inverse de la superficialité qu’imaginent les hommes, un élan qui va au fond des choses et droit au cœur.

Car à la haine qu’ils nous inculquent, il faut répondre par l’amour. Il faut beaucoup aimer les hommes, disait Duras aux femmes, je leur intime le contraire : il faut beaucoup aimer les femmes, il faut les aimer au point de les défaire de leur haine, aimer précisément celles qui détestent ou ont détesté la femme en nous, il faut les aimer au point de les désarmer, de les surprendre à leur propre haine ou du moins de les pardonner, parce qu’il n’a jamais été aussi clair que dans leur cas que toute haine est d’abord haine de soi.

Le féminisme, je l’ai connu justement par des amies. Je n’ai pas lu d’essais, mais j’ai discuté tant de soirées, écouté des podcasts et regardé des films avec ma sœur, lu des romans et des recueils de femmes, toujours plus de livres de femmes, étonnée d’en avoir lu si peu, qu’on m’en ait comme refusé l’accès, et découvrant à l’étranger, par contraste, l’acuité toute particulière de la misogynie française. C’est pourquoi, aujourd’hui, je suis si déçue quand une amie, celle précisément qui avait amorcé ma révolution, commence à parler de « mâle blanc », et lorsque je relève le racisme et le sexisme de l’expression (sans parler du spécisme, puisqu’ici la référence à l’animalité reviendrait à abaisser l’adversaire), elle me rétorque qu’elle en a le droit parce qu’elle est la dominée. Donc, subir la domination nous absout de tout ce que nous disons ou faisons. Le statut de dominé nous place dans le bien absolu et celui de dominant dans le mal absolu. Bien sûr qu’il faut critiquer et détruire un système qui autorise la perpétration des violences et leur impunité, mais là, c’est autre chose : c’est participer à la violence même qu’on combat sous prétexte de prendre les mêmes armes.

Puis, une autre amie se montre incapable de m’entendre si je parle des abus commis par les mères ou des garçons victimes d’agression sexuelle. Les hommes seraient par essence des bourreaux, et s’il leur arrive d’être victimes, c’est tout de même bien moins souvent que les femmes. Je ne comprends pas : et donc, ça ne compterait pas ? Quand on vit un tel trauma, la statistique importe ? Il faudrait faire partie de la majorité des victimes pour être reconnu comme tel ? Elle en est arrivée là, notre société comptable…

Enfin, des féministes que je suivais avec intérêt se mettent à proclamer ouvertement leur misandrie. Les hommes n’auraient pas besoin de notre amour, ils s’aiment déjà assez, et vivre dans leur haine nous libérerait de leur regard, de leur désir, etc. Pourquoi je m’arrête à de telles sottises ? Parce qu’elles ont du succès. En les découvrant, je les ai trouvées graves. On n’a pas le droit d’être bête. Pas avec l’éducation qu’on a reçue – ces femmes ont fait des études supérieures. On peut faire des erreurs, mais non s’y complaire. La bêtise est une faute morale. Simone Weil, Hanna Arendt me viennent à l’esprit – tiens, des femmes, seront-elles entendues ? L’intelligence sauve des vies, disait Simone Weil, ce qui revient à dire que la bêtise en sacrifie.

J’essaye de comprendre, sans y parvenir : comment peut-on méconnaître sa propre nature, falsifier toute son expérience au point d’affirmer que le mal serait dans l’homme ou le patriarcat ? Ces femmes croient-elles vraiment qu’elles sont meilleures ? Qu’ayant eu le même pouvoir, elles auraient agi mieux ? Ont-elles fréquenté des femmes ? Ont-elles regardé dans leur âme ? Comment font-elles à être si convaincues de leur inaltérable bonté ? Il est flagrant qu’elles projettent le mal qu’elles portent sur l’homme : tous leurs travers, si elles les reconnaissent, leur viennent selon elles du patriarcat ou de leurs relations avec des hommes. Le mécanisme de l’ombre se perçoit ici à traits si grossiers qu’il ne sert à rien de le décrire plus avant. Je pourrais citer l’histoire (le zèle des infirmières nazies), la fiction (La Servante écarlate) ou ma propre vie (les femmes s’y distinguent rarement par la douceur). Mais à quoi bon argumenter ? Ces théories sont barbares. Elles marchent par l’intimidation parce qu’elles ne peuvent dérouler aucune argumentation. Elles se contentent d’affirmations gratuites et satisfaites ; et ceux qui les critiquent seront qualifiés d’oppresseurs, offerts à la vindicte populaire, au point de ne plus oser s’exprimer. La terreur n’est finalement qu’une forme de lâcheté, l’expression du droit du plus fort, qu’ici on ne combat pas, qu’on veut juste s’arroger.

La misandrie est l’exact reflet de la misogynie : faire d’un sexe le porteur universel de la faute, l’origine du mal, le détester dans sa chair. Il est facile de voir que, dans l’un et l’autre cas, cette accusation sert à résoudre les déboires amoureux ou sexuels. Les épancher plus que les résoudre, car je ne vois pas comment on peut établir une relation saine avec l’autre sexe en partant de telles prémisses. Il faudrait que l’autre, homme ou femme, se reconnaisse comme intrinsèquement mauvais, et il ne manque pas d’âmes en peine qui pensent cela d’elles-mêmes, mais alors la relation devient abusive : on exploite la mésestime de soi de son partenaire, et celui qui abuse est précisément celui qui critique l’abus. J’en viens alors à cette affirmation que bien des féministes ne comprendront pas : aucun homme ne doit s’excuser d’être un homme. Parce que personne ne doit s’excuser d’être né. On est responsable non de sa naissance, mais de ce qu’on en fait. Et là, il y a du travail à faire, on est tous d’accord.

Il est étonnant de voir ce nouveau féminisme se décrire comme un contre-pouvoir alors qu’il est l’expression du pouvoir le plus répandu et écrasant dans notre culture : celui des États-Unis. Il reprend ses théories, son vocabulaire, son communautarisme. C’est une énième colonisation de notre territoire par le royaume du discours incomplexe. Il y a du bon dans ce manque de complexité : il apporte à l’Europe une efficacité de l’image, une performativité du langage, il ne va pas chercher les raisons, mais l’application immédiate et se soumet à l’épreuve de l’expérience, sans se perdre dans la spéculation ; mais il arrive souvent à des conclusions d’une stupidité confondante, en littéralisant tout rapport métaphorique au réel, en multipliant les tautologies et en réduisant toute singularité à la catégorisation (par classes, genres, origines) : comme si penser signifiait mettre des formes dans des cases de même forme ou faire une pirouette sur soi-même pour voir, ô surprise, qu’on arrive au même point. C’est prendre le pire des États-Unis, qui ne se réduisent pas à ce type de discours – voir Ursula Le Guin, que je citais plus haut. La réalité est complexe. Un discours qui se veut incomplexe dans l’espoir de la rendre plus compréhensible la manque tout simplement. Il est impropre à l’embrasser en son entier comme à l’atteindre ponctuellement. Pour moi, tous ces discours ne parlent de rien, ils tournent à vide, ils ne servent qu’à se réconforter : on pense pareil et ça fait du bien, c’est comme un câlin. Ils essayent de circonscrire un mystère égal au ciel étoilé avec un mètre couturier.

Même rapport refoulé avec le capitalisme. Si le féminisme est apparu précisément dans les pays capitalistes, comme une exception au règne presque universel de la misogynie, c’est que le capitalisme, par son éloge de la liberté d’entreprendre ou l’importance accordée à l’individu ou quelque autre dynamique, l’a permis. Il n’est pas le seul à le faire, mes connaissances ne me permettent pas de traiter le sujet, mais il faudrait aborder la différence entre sédentaires et nomades, l’égalité entre les sexes ayant perduré chez ces derniers après la révolution néolithique qui, elle, a instauré l’esclavage des femmes, et sans doute que la préhistoire était bien moins misogyne que notre histoire, etc. Par ailleurs, le féminisme peut être né du capitalisme et devenir anticapitaliste. Ici aussi, on n’est pas responsable de sa naissance, mais de ce qu’on en fait.

Je ressens d’autant plus la nécessité de me distinguer de la misandrie que je suis féministe. Je sais comme toutes les femmes ce que signifie grandir dans la haine de soi et je ne le souhaite à personne. En tant que femmes, nous manquons de lien, de filiation, de transmission, en un mot de culture. Notre matrimoine n’a pas été conservé. Il n’était qu’oralité maintes fois interrompue par les manigances pour nous réduire à la rivalité. Nous parlons sans ancêtres. Il nous revient de reconstituer cet héritage, de reformer cette communauté, mais qu’elle ne soit pas soudée par la haine de ceux qu’on exclut, qu’au contraire, l’amour y soit si vrai qu’il déborde au-delà de ces frontières. Pour cela, il faut faire entrer notre ombre dans le cercle et la regarder en face. Nous ne sommes pas l’origine du mal, mais nous n’en sommes pas non plus exemptes. Ne répétons pas l’erreur des hommes. Soyons plus intelligentes. Ils ne sont pas notre ombre, nous ne sommes pas la leur.

Pour moi, la féminité ne désigne aucun attribut, aucune essence, elle ne renvoie ni à la nature ni à la culture. La féminité est un idéal, qui m’a redonné mon corps, mon âme, ma vie, un idéal qui a pour nom liberté, d’une liberté si puissante qu’elle n’a besoin de poser aucune chaîne pour s’élancer.

18 commentaires sur “La haine

  1. Merci. Vous ne pouvez pas savoir combien ça me fait du bien de lire ces lignes au creux desquelles je reconnais un peu de mon désarroi, de mon incompréhension (et aussi je l’avoue : de ma colère). Vous êtes réellement dans la pensée de ces questions, alors les sentiments que je viens d’énumérer me parviennent canalisés dans vos mots, j’admire votre manière *d’y aller*, franchement, entre courage et doute toujours nécessaire à la pensée ; j’ai encore du chemin à faire. J’ai parfois la sensation violente d’être rejetée à la marge de discours qui sont tenus par celles-là mêmes dont je me suis souvent sentie si proche par le passé. Comme une dés-articulation au moment où un élan commun pourrait pourtant forcer certaines portes. C’est peut-être la différence entre vouloir lutter et vouloir faire la guerre. Autant j’ai envie de lutter *avec*, autant je ne m’imagine pas partir en guerre *contre*. La guerre n’a jamais rien inventé, je crois, et nous avons férocement besoin d’invention.

    J’en profite pour vous dire que je vous lis toujours aussi régulièrement, même si je me suis éloignée un peu des espaces qu’offrent les blogs. Le vôtre n’a pas quitté ma table de chevet virtuelle, j’y trouve des échos qui m’émeuvent beaucoup et des occasions de penser vives, joyeuses, profondes.

    Portez-vous bien…

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    1. Merci de vos lectures, dont je n’avais aucune idée, cela me fait plaisir ! J’aime imaginer qui me lit. J’espère que vous reviendrez écrire, sur WordPress ou ailleurs, il est rare de trouver un blog aussi abouti que le vôtre.

      Quant à cette dérive du féminisme actuel, il vient ou s’accompagne d’une moralisation du discours, c’est pourquoi je trouve important de leur retourner la morale à la figure – gentiment, mais fermement. La réflexion morale, je ne l’ai pas découverte hier, et elle est bien plus complexe que cette partition entre bien et mal où certains n’ont plus le droit de penser, de parler, d’être au nom de fautes fantasmées. On a l’impression qu’elles débarquent, qu’elles n’ont jamais pensé au bien et au mal avant. Ce n’est certes pas un sujet très courant dans nos sociétés laïques et libérées, mais tout de même, la vie devrait nous l’enseigner. Mais ça ne concerne pas que le féminisme. La gauche tombe dans les mêmes travers. Comme dit Quyên plus bas, les universités prescrivent quels textes lire en fonction du genre et de l’origine et non de la pertinence, etc. Tout ce moralisme schématique est dépourvu de morale véritable.

      La distinction que vous faites entre lutter avec et faire la guerre contre est très juste. D’ailleurs, en se positionnant contre, on donne de nouveau aux hommes une place d’élection, on leur laisse trop de place dans notre psyché, dans notre vie. La place de l’ombre est énorme – et grandissante si on ne l’affronte pas.

      La désarticulation, le déboîtement, je les ressens aussi, comme un sabotage en vérité.

      J’y vais franchement, parce que je suis finalement assez loin de tout ça, mais vivant à Paris, fréquentant ces cercles, je ne sais pas si j’aurais osé. C’est aussi le problème. L’intimidation de ces discours et leur effet de suggestion. On se sent mieux en les répétant qu’en s’en distinguant.

      Au plaisir de se rencontrer autour de pensées plus joyeuses !

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      1. Oui, un sabotage – qui pour moi est avant tout un sabotage de la possibilité de penser.

        J’ai l’impression d’avoir mis beaucoup de temps, peut-être plus que d’autres, avant de m’autoriser à penser. Du coup je n’ai plus envie de lâcher là-dessus. Je veux dire: penser au-delà de la réflexion de surface qui ne cherche souvent qu’une « solution », évidemment unique, à une « question », unique elle aussi ; réflexion qui souvent trouve sa forme collective dans les discussions qui opposent un argument à un autre, une opinion à défendre à une autre, le but étant de convaincre. Je crois que la pensée c’est autre chose, de beaucoup plus vacillant, de plus incertain, et je ne suis pas sûre que cela puisse advenir si on l’annexe à une idée à défendre. J’aime aujourd’hui les discussions communes où l’on peut dériver, chercher ensemble, remettre sans cesse en jeu l’acquis. Et sur ce sujet si important d’une égalité à conquérir et d’un modèle ultra-dominant à assouplir, j’ai de la peine à trouver des espaces suffisamment « désamorcés » (comme on désamorcerait une bombe) où l’on puisse tâtonner un peu ensemble, chercher, écouter les expériences des autres sans exclure a priori tel ou tel vécu parce qu’il s’incarne dans tel ou tel corps. Et puis aussi : avoir le droit de se tromper, de revenir en arrière, de bifurquer, de ne pas nécessairement penser la même chose qu’il y a deux mois, deux ans, etc.

        Ce qui m’occupe pour ma part beaucoup, ces temps, c’est la question de la différence – ou plutôt, l’examen des ressentis, des discours et des représentations de ce que serait cette différence, celle que certaines et certains appellent aujourd’hui à abolir jusque dans les représentations mentales que nous nous en faisons. Il me semble que la différence (et je parle ici notamment de la différence sexuelle) est souvent vécue et représentée comme une opposition. L’homme serait le contraire de la femme, la femme serait l’envers de l’homme. Et, sur ce modèle, toutes les différences sont inexorablement poussées vers l’opposition. Je vois bien que moi-même j’ai eu tendance à me construire ainsi. Et je crois que lorsqu’on veut abolir la différence, dire qu’il n’y a pas de différence sexuelle (biologique), lorsqu’on cherche à penser que même la différence anatomique est culturellement construite, c’est en fait l’opposition qu’on vise. J’aurais envie qu’on s’attaque à l’opposition pour sauver la différence. Cela ne me fait pas forcément envie, un monde où le « même » serait l’objectif à atteindre. Pourquoi ne pourrait-on pas imaginer du commun sans en passer par le même ?

        L’échange que vous avez eu plus bas avec Frog sur les prescriptions de lecture à l’université me touche d’autant plus que c’est également mon métier. Ces questions m’agitent donc beaucoup. Je dois dire que, pour l’instant, dans mon pays (je suis suisse) et dans mon université, nous n’en sommes pas là. Mais j’ai d’autres témoignages, venant notamment des universités américaines, qui vont dans le sens de ce que vous écrivez toutes les deux plus bas… comment lire dans ces conditions, comment transmettre ? Comment plonger dans d’autres mondes sensibles s’il faut d’abord se demander si on en a le droit ?

        (PS: merci pour ce que vous dites de mon blog, ça me touche beaucoup – je n’ai pas abandonné l’idée d’y revenir un jour…)

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        1. J’ai moi aussi mis du temps à penser. Sans doute que j’ai une propension à vivre sous emprise. Et l’écrit m’a permis d’apprendre à penser, parce qu’il donne un espace de réécriture, il laisse une marge dans le discours de l’autre. J’y ai appris à penser bien plus que dans les discussions. J’ai tendance à perdre cette liberté dans le face à face, à accorder trop de crédit à l’autre. Et je suis d’accord, c’est une capacité qu’on peut perdre. Si j’ai écrit cet article, c’est que je m’en sentais menacée. Je fais aussi ma petite terreur, en disant qu’on n’a pas le droit d’être bête. Bien sûr, on a le droit, et je n’y échappe pas, faut pas trop s’entêter, c’est tout. Vous décrivez parfaitement ce mouvement de la pensée authentique : qui ne cherche pas le fin mot de l’histoire, pour se rassurer et ranger le dossier, qui sait qu’au contraire dès qu’elle s’arrête, elle ne sera plus pensée, parce que la pensée suit la vie, le réel, qu’elle le manque dès qu’elle se fixe.

          La distinction que vous faites entre la différence et l’opposition m’éclaire beaucoup. Elle est fondamentale. Je ne rêve pas non plus d’un commun qui soit du même, mais d’un commun mêlé. Dans les discours actuels, il existe d’ailleurs une incohérence : on ne peut prendre comprendre et soulager la souffrance d’une personne assignée par naissance au sexe qui n’est celui qu’elle ressent, si on ne cautionne pas cette différence ; et en même temps, rappeler cette différence serait porter atteinte à l’égalité entre hommes et femmes. Je crois que plus il y aura de témoignages singuliers (car la nuance ici ne sera apportée que par la parole incarnée) sur le vécu de cette différence, loin de l’idéologie, de ce qu’on devrait en dire, plus nous en apprendrons. Par exemple, je ne me suis pas construite dans cette opposition, mais par identification au masculin, cependant à un masculin sans virilisme, très neutre, un peu asexué, caractérisé par sa liberté, sa capacité d’action – que je ne pouvais pas trouver dans le féminin. Celui d’un petit garçon, du Petit Prince (je rêvais avec beaucoup d’originalité de devenir aviateur). On m’appelait Jo ou Joseph à la maison. J’aimais les figures d’androgyne. Il m’en reste un certain goût pour le féminin chez les auteurs et le masculin chez les autrices. Et la conviction (sans doute éhontément généralisée de ma situation personnelle) qu’on a tous du masculin et du féminin – ce qui ne revient pas à les neutraliser. Autrefois, cette double sexuation était assez asexuée, elle allait avec un manque d’incarnation, maintenant qu’elle a pris chair, j’aime à penser qu’elle emprunte les caractéristiques de l’un ou de l’autre sexe selon ce qui lui convient.

          Mais je crois aussi à la nécessité de penser la personne sans référence sexuée. Il y a une tendance à penser la psyché comme foncièrement sexuée, voir à considérer le fond de la psyché comme sexualité (un salut à Freud), qui finalement déifie la sexualité : elle remplace les anciens dieux, elle devient l’essence de l’âme – terme sans doute inadéquat, mais qui renvoie bien à quelque chose, ce qui nous anime. Et je crois que là, on s’égare. La différence sexuelle, la sexuation, la sexualité etc., c’est important, ça existe, mais ça ne dit pas le tout ni le fond.

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    1. Je vous remercie ! Je remarque qu’on est nombreux à penser avec nuance, recul, mesure, mais ce nombre se tait, par désarroi, découragement, et on se croit si seul qu’on commence à douter de soi, et ce bruit auquel on ne voulait pas se mêler, on finit par l’entendre dans sa tête. Bref, il faut parler clair et haut, même dans le bruit ambiant, parfois quelqu’un nous entend.

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  2. Très intéressant article qui m’apporte le regard, la pensée, d’une femme sur le féminisme, et surtout sur ce côté obscur que comporte le féminisme aigü, celui qui ne cherche pas à construire mais à détruire, à relier mais à séparer, et que je n’ai jamais compris (mais ça doit être parce que je ne suis qu’un homme).
    En tout cas, merci, et bonne soirée, Joséphine.

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  3. Encore un article salutaire et courageux, un article intelligent, c’est-à-dire nuancé, ne niant en rien la complexité de la réalité, et surtout, qui ne donne ni dans la lâcheté, ni dans la colère. Merci de mettre en avant les contradictions effarantes d’un discours qui, malheureusement, risque de décrédibiliser – de souiller – la revendication nécessaire et légitime des femmes à être traitées comme sujets à part entière. Cette fuite en avant dans la déréalisation, dans l’idéologie, quand il faurait regarder, toucher et amender des relations réelles (quelle efficacité peut-on espérer atteindre si on fait fi de la moitié de l’humanité, alors même qu’on professe se soucier de l’améliorer ?)…
    « Ils ne sont pas notre ombre, nous ne sommes pas la leur » : cette phrase m’a touchée au coeur. Je ne me définis pas comme pendant du masculin. Et personnellement, je trouve ma filiation naturellement dans l’oeuvre des hommes comme en celle des femmes – qu’on ne me dise pas que c’est la conséquence de mon aliénation totale par le patriarcat, puisque justement, mon sentiment est que je tiens de mes pères autant que de mes mères et que leur main m’est tendue pour me faire grandir, grandir autant que je le pourrai. Le male gaze ? Haïssable, oui, mais affirmer que tous les hommes (et seuls des hommes) en sont coupables, c’est de la mauvaise foi. Ce qu’il y a de convoitise, de désir d’asservissement dans ce « gaze », les femmes en sont parfaitement capables et coupables aussi.
    Enfin, le féminisme à mes yeux devrait permettre aux hommes d’adopter sans honte les qualités « féminines » qui leur permettront de comprendre les femmes, de les considérer comme leurs égales, et non pas donner licence aux femmes d’embrasser la « masculinité toxique » qu’elle décrient. La bêtise – et l’inefficacité à terme – d’un tel comportement est évidente.

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    1. « Je ne me définis pas comme pendant du masculin. » C’est exactement ça ! C’est finalement leur accorder une place considérable que de leur porter une telle haine.

      Et tu sais, je pensais : quand elles ont des fils, elles font comment ? Elles les éduquent dans la conviction qu’ils incarnent le péché ? Comme furent éduquées les femmes ? Quels hommes épanouis ça donnera, et puis sachant aimer les femmes !

      Quant au gaze féminin, complètement d’accord : il ne manque pas de femmes qui objectivisent les hommes pour se venger d’eux, pour soi-disant égaliser les rapports. Donc, on égalise en nivelant par le bas. Au lieu d’améliorer nos relations à tous, de les rendre plus empathiques et intelligentes, on va juste universaliser les relations de merde, les rapports de force et l’aliénation du sujet en objet ? Quel programme.

      En effet, il existe tout un féminisme qui comprend une réflexion des hommes sur leur propre conditionnement – et la libération des femmes passe par là, elle est indissociable de la prise de conscience des hommes.

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      1. Tu le disais l’autre jour : elles universalisent le patriarcat au lieu de le renverser. Et oui, la question des fils – je n’y avais pas même pensé. Mais j’ai entendu certaines dire qu’elles ne voulaient avoir que des filles. Ca fait froid dans le dos.

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  4. La question qui me taraude est : comment ce genre de discours peut en venir à occuper le haut du pavé et réduire l’intelligence au silence ? Dans les universités que je connais, on doit maintenant servir des bibliographies aux étudiants dont les titres auront été choisis en fonction du genre et de l’ethnicité des auteurs, plus que du contenu et de la pertinence par rapport au sujet étudié. Le refus peut te coûter ton emploi. Oui, ton emploi.

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    1. C’est terrible. C’est littéralement de la terreur. Et quel appauvrissement pour la pensée… On ne pourrait pas porter l’attention sur les auteurs et les autrices écartés en raison de leur genre ou leur ethnicité de façon… intelligente ? C’est vraiment tout ce qu’on trouve comme manière de les mettre en avant au sein des universités ? Comme je le disais à Sophie plus haut, ce moralisme schématique n’a rien à voir avec la morale véritable. Ils font taire les autres par des sermons de bas étage, on n’est plus dans le débat intellectuel mais dans le jugement dernier. Mais la pesée des âmes devient l’examen des attributs du corps.

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      1. C’est difficile à dire ici, publiquement, sans passer pour une bigote finie, mais je crois que la question de l’âme est centrale. Tu ne peux faire abstraction de l’être au delà de ses attributs. Ces gens au contraire ne voient qu’une enveloppe, une somme de caractéristiques sociales, un pantin en fait. Ou veulent voir ainsi : leur discours ne « marche » que si on s’en tient à la pure surface.

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        1. Tu n’es point bigote. L’âme peut être entendue de diverses manières et il est évident qu’elle existe. Il est en tout cas certain que tout ça reste très superficiel et ce même dans la conception du corps – parce que si on creuse un peu, on est quand même tous pareils, non ?
          C’est leur matérialisme simpliste qui donne ce moralisme simpliste. Et je ne sais pas ce qu’ils y trouvent. Moi, je me sens objectivée par ces discours, je ne m’y retrouve pas, ils ne me permettent pas de me connaître.

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  5. Que d’énergie, Joséphine, pour écrire et dire ce qui ne devrait pas avoir besoin d’être plaidé pour être su de qui voit les choses de façon un peu droite. Et qui en hélas en a besoin ; bien besoin !

    Cela étant, je ne suis pas d’accord avec ton dernier commentaire qui paraît dire que, à considérer le fond de chacun de nous (du point de vue de l’âme ?), nous serions tous pareils. Je pense que tu veux dire hommes et femmes.

    Bien sûr que d’individu à individu, tu trouveras des hommes beaucoup plus féminins que des femmes et des femmes beaucoup plus masculines que des hommes. Il n’empêche que, généralement, il y a des traits de caractère, des tempéraments, des façons d’être plus féminines que masculines, même s’il y a évidemment des exceptions : ainsi, dans un monde des affaires dominé par les hommes, ce sont peut-être les femmes ayant développé des caractères masculins qui percent le mieux.

    Pourquoi l’homme et la femme – qui sont évidemment égaux et dotés de la même dignité – seraient-ils identiques et animés des mêmes passions, forces, sensibilité ? Je ne vois pas pourquoi, ayant des corps si différents, nous aurions le même esprit. Je me sens quant à moi profondément homme, au sens masculin du terme, et il est probable que les femmes se sentent profondément femmes : nous sommes notre corps. A telle enseigne que quand on ne se sent pas bien dans son corps sexué, on change de sexe car iol est probablement insupportable de ne pas se sentir femme dans un corps de femme ou homme dans un corps d’homme. Notre incarnation n’est pas une couche superficielle venant entourer une âme d’ange asexué : nous sommes pleinement : corps et âme, homme ou femme. Avec mille nuances délicates, évidement, mais néanmoins.

    Bonne soirée.

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    1. Je répondais à Quyên assez tardivement et rapidement hier. Il faudrait nuancer dans le sens où politiquement et surtout dans la protection culturelle, dans les arts et les lettres où le prestige symbolique est souvent plus important que la valeur réelle, moins évaluable en termes d’objectivité qu’en sciences, ces différences existent et sont déterminantes, révoltantes. Il y existe une domination écrasante des hommes sur les femmes, mais aussi de certaines cultures sur d’autres : et il faut y remédier, activement.

      Dans cette mesure, l’universalisme est coupable : coupable parce qu’il n’est en fait pas universalisme, mais seulement le droit du plus fort – de l’homme, de l’hétérosexuel et de l’occidental – posé en norme universelle. Par exemple, si une femme crée, on lui demande quel est la part du féminin dans son oeuvre. De même, si c’est un étranger ou quelqu’un issu de l’immigration, quel est la part de son origine, de ses racines. Mais je n’ai jamais vu une interview ou une analyse s’interroger sur la part du masculin chez les hommes ou celle des racines chez celui qui est enraciné dans le pays depuis plusieurs générations. C’est la norme : on ne va pas demander à un homme ce qu’est d’être un homme, ma foi tout le monde sait ça, c’est être normal. Si on commençait à l’interroger, ça deviendrait un particularisme, quelque chose qui pourrait ne pas être, alors que c’est l’être en soi.

      Cependant, dans une autre mesure, tout aussi importante, je suis universaliste. Dans le sens où même si ces identités sont importantes, elles ne touchent pas à l’essence et surtout elles sont flottantes : on peut les métisser, les détisser, changer leur sens et notre rapport à elles, comme notre vie est en constante mutation. C’est là où toute cette catégorisation venue des Etats-Unis est impropre et indigente : elle multiplie les termes de définition de soi parce que justement soi, ça ne se définit pas de manière stable, définitive et exhaustive.

      En dehors de cet espace politique, dans l’intimité, on peut certes se ressentir comme on veut, mais on ne peut pas faire de ce ressenti une prescription politique. Je pense que sur cela, on est d’accord. Ensuite, sur l’essentialisation des femmes et des hommes, de leur différence, c’est un sujet insoluble. Je suis d’accord avec toi : il y a une différence, mais pas si décisive. Tout ce que tu cites des sensibilités, des comportements, je le vois comme du conditionnement culturel et des attentes sociales : la personne y répond comme elle peut. La différence du corps (organes, hormones), c’est autre chose.

      Mais je crois qu’on a tous de l’homme et de la femme. Je n’ai jamais rencontré une seule personne dans ma vie qui soit 100% l’un ou l’autre. Et cette intégration du sexe opposé à celui de notre naissance est nécessaire, comme celle de l’ombre. Ce que Jung appelle l’intégration de l’animus par l’anima ou de l’anima par l’animus. Sinon on projette notre féminité ou notre masculinité sur notre partenaire ou une quelconque personne de l’autre sexe et on l’idéalise.

      Personnellement, je me sens femme, mais pas tout le temps, entièrement, profondément, j’aime aussi mon masculin et quand je m’adresse à quelqu’un, je m’arrête à la personne et le genre, l’origine, l’âge gravitent autour sans être le noyau : ils sont ce que la personne en fait. De même quand je lis quelqu’un. Tu l’auras remarqué, je t’ai toujours écrit ici franchement, comme si on avait le même âge et le même genre, sans faire de manières. Je sais que ça peut déplaire. Mais j’espère que les autres s’adressent à moi de même. Dans cette transparence-là, qui est l’égalité.

      Quand je lis Ponge qui me parle du pain, je me soucie peu de ce qu’il a dans le pantalon, et qui sait mieux aimer qu’Eluard, sentir que Pessoa, c’est une leçon de les lire et pourtant ce sont des domaines « féminins ». Et quelle leçon de force chez Goliarda Sapienza, je ne trouve son équivalent dans aucun livre d’homme de XXe siècle. De même, la personne morale de Sartre face à celle de Weil ne tient pas une seconde : c’est chez elle que se trouve cette puissance dite virile de l’action, de la pensée faite action. Ce que je n’aime pas à l’inverse, ce sont les postures genrées, les écritures qui se veulent viriles ou féminines, ridicules dans l’un ou l’autre cas. Ces femmes qui se veulent si sensibles et ces hommes si réalistes.

      Bref, c’est long, et passionnant, comme sujet. Tu me montres la nécessité de parler de l’anima et de l’animus. Et oui, selon moi, l’âme profonde n’a pas de sexe, elle n’est même pas humaine, mais là, il s’agit d’une conviction intime, qui ne prête pas à débats, que chacun pense selon son intuition des profondeurs.

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