L’invisible

La religion ne concerne pas la croyance, mais l’invisible à son état le plus pur, son plus haut degré de réalité, noyau vibrant de l’intériorité qui rayonne vers la vie. Personne à ma connaissance n’en a mieux parlé que Rilke.

« La religion est quelque chose d’infiniment simple et naïf. Ce n’est pas une connaissance ni un contenu du sentiment (car tous les contenus sont donnés d’avance dès qu’un homme se confronte à la vie). Ce n’est pas un devoir ni un renoncement, ce n’est pas une limitation, mais c’est, dans la pure immensité de l’univers, une direction du cœur. »

« Le juste usage, voilà l’important. Prendre bien en mains l’Ici-Bas, avec un cœur plein d’amour et d’étonnement, comme notre bien unique, provisoirement : voilà, pour le dire familièrement, le grand mode d’emploi de Dieu. »

« Parce qu’être ici, c’est beaucoup ; et que tout, semble-t-il,
tout ce qui est d’ici, le périssable, nous réclame et a besoin de nous. »

« La nature, les choses de notre commerce et de notre usage, sont réalités provisoires et caduques; mais, aussi longtemps que nous sommes ici, elles sont notre bien et notre amitié, complices de notre détresse et de notre joie comme déjà elles furent les familières de nos ancêtres.
Toutes ces choses de l’Ici, il ne s’agit donc pas seulement de ne pas les calomnier ou les rabaisser, précisément du fait de la précarité qu’elles partagent avec nous, ces apparitions et ces choses doivent être par nous comprises au plus intime de notre intelligence et transformées.
Transformées ? Oui, car c’est notre tâche d’imprimer cette terre provisoire et caduque si profondément, si douloureusement et si passionnément en nous que son essence ressuscite en nous ‘invisible’. Nous sommes les abeilles de l’Invisible. Nous butinons éperdument le miel du visible, pour l’accumuler dans la grande ruche d’or de l’Invisible*. »

« Chante le monde à l’Ange et non pas l’ineffable. »

« Le contenu des ‘initiations’, j’en suis sûr, n’était rien d’autre que la communication d’une clef qui permettait de lire le mot ‘mort’ sans négation. De même que la lune, la vie a certainement une face en permanence détournée de nous, qui n’est pas son contraire, mais le complément qui achève la perfection, l’entièreté, la sphéricité parfaitement intacte et pleine de l’Être.
Nous ne devrions pas craindre que notre force soit insuffisante à supporter l’expérience de la mort, n’importe quelle mort, même la plus proche, même la plus terrible. La mort n’est pas au-dessus de nos forces, elle est la graduation sur le bord du récipient : nous sommes pleins dès lors que nous l’atteignons […]. »

« Intérieur, qu’est-ce donc ?
Si ce n’est un ciel accru,
transpercé d’oiseaux et profond
de tous les vents du retour. »


* en français dans le texte
Extraits de lettres et de poèmes tirés de l’ouvrage Sur Dieu, aux éditions Arfuyen, traduction de Gérard Pfister.

2 commentaires sur “L’invisible

    1. Je dirais plus : merveilleusement expliqué 🙂
      Pour la mort, je ne sais pas si je suis d’accord ou non, parce que je ne sais pas ce qu’est la mort et je trouve bien imprudent de se prononcer avec autant de certitude sur le sujet !
      Je suis d’accord avec lui sur la manière dont nous avons exclu la mort de la vie alors qu’elle en fait partie, qu’elle l’imprègne et la transperce, donnant aux choses cette précarité qui nous oblige envers elles.

      J’aime

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