On Performing Stupidity

Je tombe pour mon malheur sur une interview de Judith Butler publiée le 7 septembre par The Guardian, où elle répond aux critiques actuelles de l’idéologie du genre. Comme toujours lorsque je la lis, je finis par rire : c’est bête, trop bête même pour qu’on y prête attention, si cela ne faisait pas tant de mal.  

On dirait le discours d’une Miss Monde. En moins clair, argumenté et sincère. Elle se déclare contre le racisme, le sexisme, le capitalisme, la destruction de la planète – il y a des gens qui se déclarent pour, Judith ? Mais cet ange descendu parmi nous révèle vite son véritable visage. Voici un extrait, qui a ensuite été retiré par le journal sans explication, sûrement parce qu’infondé et diffamatoire :

« Il semble que dans les mouvements féministes, certaines commencent à sympathiser avec les campagnes d’extrême droite. Le scandale de cette année autour du Wi Spa de Los Angeles a déclenché l’indignation des transphobes sur internet qui ont mené aux protestations sanglantes organisées par The Proud Boys [organisation néofasciste américaine]. Peut-on s’attendre à ce que cette alliance continue ? »

Comme quoi, je vais devenir fasciste parce que j’affirme le dimorphisme sexuel de notre espèce. C’est sûr, c’est un grand risque : commencez par dire que l’humanité est composée d’hommes et de femmes et vous finirez par exterminer les gens en masse. Je crois que notre philosophe connaît aussi peu le sens du mot fascisme que celui du mot femme.

Très intéressant qu’elle mentionne cet incident au Spa de Los Angeles. Une mère s’est plainte qu’un homme s’expose nu dans les vestiaires des femmes et des filles. D’autres se sont jointes à elle. Elle a filmé ses échanges avec le personnel, qui a défendu sa politique d’inclusivité (en vigueur en Californie), puis elle a posté la vidéo sur Instagram. L’évènement a donné lieu à de violentes altercations en ligne, puis dans la rue entre des militants de différents bords politiques : cet homme s’était présenté comme trans et les activistes considéraient son identité niée et ses droits bafoués. Après enquête, il s’agit en effet d’un agresseur sexuel, enregistré par la police. Plusieurs plaintes ont déjà été portées contre lui pour exhibitionnisme.

Tous les hommes ne sont pas des prédateurs, de même tous les hommes identifiés femmes ne présentent pas un danger. Mais certains si ; et il est impossible de savoir lesquels. Ils montrent les mêmes taux de criminalité que les autres hommes, la même propension à la violence ou au harcèlement sexuel – dont l’exhibitionnisme et le voyeurisme. De toute façon, les femmes n’ont pas à recourir à la statistique pour disposer d’espaces réservés à leur sexe. Elles ont le droit à l’intimité, la pudeur et la sécurité. Elles ont le droit de dire non, de poser des limites.

« C’est vraiment consternant et parfois terrifiant de voir comment ces féministes radicales excluant les trans se sont alliées aux attaques de la droite sur le genre. Le mouvement de l’idéologie anti-genre ne s’oppose pas à une description spécifique du genre, mais cherche à éradiquer le « genre » comme concept ou discours, champ d’études, approche du pouvoir social. Parfois, elles affirment que seul le « sexe » a un statut scientifique, mais d’autres fois elles font appel à des prescriptions divines sur la domination et la différence masculines. Elles n’ont pas l’air de se soucier de se contredire. »

Judith, tu passes ton temps à te contredire, à sauter du genre au sexe au genre pour essayer de masquer l’inconsistance patente de ta logique et ton manque flagrant de discernement. « Le genre est assigné, mais il vient de moi, il est imposé, mais c’est inné, c’est un rôle que je performe, mais c’est une réalité dont on ne peut douter, et je suis une femme, mais peut-être un homme, ou non-binaire, mais la binarité existe, il faut de la binarité pour être non-binaire. » Toute ta théorie repose sur la violation réitérée du principe de non-contradiction, c’est une pratique consciente et constante de l’incohérence.

Par contre, aucune incohérence dans la critique du genre que tu relèves. On peut dénoncer la domination masculine et affirmer la différence des sexes tout en désirant abolir le genre. Il suffit d’opérer une distinction conceptuelle entre genre et sexe – je sais que tu veux à tout prix les confondre, mais il y a des gens qui pensent différemment de toi et ne sont pas fous pour autant.

Selon cette interprétation, le sexe est une réalité naturelle, le genre une construction culturelle à partir de cette réalité, et il vise à asservir l’un des sexes à l’autre. Je ne dis pas que j’adhère à cette vision des choses, mais elle n’est pas difficile à comprendre. Mais si tu la comprenais tu devrais y répondre et ça te mettrait dans de beaux draps, n’est-ce pas ?

Ensuite, je ne comprends pas ton problème avec la droite. Je commence sérieusement à douter de ta maturité : la droite n’est pas le mal et la gauche le bien. On n’est pas dans un film hollywoodien. Le féminisme s’adresse à toutes les femmes, il n’exclut pas celles qui ne partagent pas mes valeurs et mes aspirations. De plus, la gauche américaine ne me semble pas plus avancée que la droite sur le sujet, avec sa promotion de la prostitution et de la gestation pour autrui et son langage qui désarticule le corps des femmes parce qu’il n’arrive pas à articuler leur nom (birthing person, menstruators, uterus havers, cervix havers, etc.)

Les féministes radicales sont de gauche. Plus que toi. Elles se fondent sur la matérialité des corps, de leur exploitation et considèrent les femmes comme une classe opprimée. La filiation marxiste est évidente. Tu n’es qu’une figure du néolibéralisme américain, de son régime spectaculaire, qui préfère jouer à la transgression que mettre fin à l’oppression. Tu conçois la liberté non comme un affranchissement collectif assuré par un contrat social, mais comme un choix strictement personnel qui, par le plus grand des mystères, n’aurait aucune incidence sur la société où il s’inscrit.

Aux féministes radicales se joignent les féministes critiques du genre, qui sont moins radicales, voire pas du tout radicales, et de gauche ou de droite, mais qu’importe ici. Drôle de manière de penser par catégories pour quelqu’un qui prétend les abolir, les élargir ou les subvertir.

Je vais passer sur ton usage abusif des guillemets ou ton idée que le genre est un discours. Maniérisme postmoderne.

« Les TERFs (féministes radicales excluant les trans) et les soi-disant critiques du genre ont aussi rejeté un important corpus de philosophie des sciences qui montre comment culture et nature interagissent (par exemple Karen Barad, Donna Haraway, E. M. Hammonds ou Anne-Fausto Sterling) en faveur d’une forme régressive et fallacieuse d’essentialisme biologique. […] L’idéologie anti-genre est l’une des principales sources du fascisme à notre époque. En conséquence, les TERFs ne feront pas partie du combat actuel contre le fascisme, qui exige une coalition guidée par les luttes contre le racisme, le nationalisme, la xénophobie et la violence carcérale, et qui est conscient des taux élevés de féminicides à travers le monde, ce qui inclut les taux élevés des attaques contre les personnes trans et queer. »

Oh la la, la logique… Merci de nous fournir l’exemple d’un sophisme : le fascisme fustige l’idéologie du genre ; les féministes la critiquent ; donc les féministes ne peuvent pas être antifascistes (voire s’associent aux fascistes et risquent de le devenir). T’est-il passé par l’esprit que les fascistes et les féministes critiquent tes théories pour des raisons parfaitement opposées ? Par ailleurs, je ne sais pas vraiment qui tu appelles fascistes ici. Une entité aussi fantasmée que les TERFs sans doute.

Quelles preuves à l’appui de tes déclarations ? Jamais vu de féministe radicale ou critique du genre se mêler à l’extrême droite. À la droite, oui, par défaut. C’est la seule tendance politique qui prête oreille à leurs mises en garde concernant les droits des femmes et des enfants.

L’expression « essentialisme biologique » est au mieux comique. Tu détestes vraiment la réalité. Ce qui existe et n’a cure de tes discours. Ce sur quoi tu n’as aucun pouvoir. Tu préfères vivre dans le monde parallèle des universités américaines, où tu redéfinis toute l’humanité pour résoudre tes problèmes existentiels. Règne de l’égotisme.

Et l’idée que culture et nature interagissent n’a rien de nouveau et n’a jamais été niée par personne. On pourrait renommer ta philosophie « l’art de s’inventer un ennemi pour se croire un héros ».

C’est toi qui sabotes la lutte en racontant ces sottises. Tu crois que quiconque prendra la gauche au sérieux quand elle nie le fait le plus simple et basique de nos vies, l’origine de la vie elle-même, la différence des sexes ?

Les féminicides désignent les meurtres dont les femmes sont les victimes. Les femmes – je sais que c’est difficile à conceptualiser pour toi, mais fais un petit effort – les femmes, ce sont les femelles de l’espèce humaine. Puisque je m’attends à ce que le terme de femelle manque de clarté pour toi, je précise : les femelles renvoient au sexe dont le gamète est l’ovule et qui porte les enfants.

Cela inclut donc certaines mais pas toutes les personnes queer et trans. D’autant que n’importe qui peut se déclarer tel aujourd’hui – même hétérosexuel et sans transition.

Oui, le langage exclut les choses, mais les choses ne vont pas pleurer dans leur coin. Je suis exclue de la catégorie des aubergines, des shampoings ou des hommes. Mais je ne suis discriminée pour autant par les aubergines, les shampoings ou les hommes.

Je n’attribue pas ainsi plus ou moins de gravité à ces crimes. Ce ne sont que des distinctions opérées par le langage pour décrire la réalité – oui, cette chose que tu ne peux pas supporter.

L’énumération finale suggère un tel brouillard dans ta pensée que je préfère ne pas m’y aventurer. Cela me rappelle la rhétorique complotiste, cette manière de tout mélanger et mettre sur le même plan, tout en se sentant menacé de toutes parts par d’obscurs pouvoirs. Un conseil de lecture : Descartes, Discours de la méthode.

« Le mouvement anti-genre présente le spectre du « genre » comme une force de destruction, mais ils n’ont jamais vraiment lu aucun ouvrage en études de genre. Des conclusions rapides et craintives prennent la place de jugements réfléchis. Oui, certains travaux sur le genre sont difficiles et tout le monde ne peut pas les lire, nous devons donc chercher à atteindre un public plus large. Bien qu’il soit important de rendre ces concepts complexes accessibles au grand public, il est tout aussi important d’encourager la recherche intellectuelle comme partie de la vie publique. Malheureusement, nous vivons une époque anti-intellectuelle où le néofascisme devient de plus en plus normalisé. »

Être un intellectuel exige de faire preuve d’intelligence et de culture. Je ne te range donc pas parmi eux. Tu te flattes d’avoir une pensée complexe, des concepts élaborés, inaccessibles aux gens du commun. C’est vrai que j’ai du mal à te lire : tu racontes n’importe quoi et on n’a qu’une vie.

Récurrence de ton fantasme avec le fascisme. Apparemment, tu aimes t’imaginer en héroïne de la résistance. Le fascisme ne tolère pas la dissension, il refuse de converser avec l’adversaire ou même de reconnaître son humanité et cherche à le faire taire par l’intimidation et tous les moyens qui sont en son pouvoir. Ça me rappelle quelqu’un, pas toi ?

Feminism is the radical notion that women are people, disaient les féministes des générations précédentes ; la nôtre se retrouve à dire : Feminism is the radical notion that women are women. Grande époque.

Celles qui ont le courage que tu n’as pas @ Résistance Lesbienne

Correction : le premier paragraphe cité est en fait la question de l’interviewer, Jules Gleeson, homme qui s’identifie femme.

2 commentaires sur “On Performing Stupidity

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