Dans les buissons ardents de la fraternité

Fierté d’apparaître parmi les Constellation(s) de Pier Lampás. Un insecte pointe l’antenne vers la lyre. Signe de vie ? de mort ? Orphée sait charmer jusqu’aux êtres les plus méconnus et discrédités.

https://pierlampas.files.wordpress.com/2020/12/img_4661-1.jpg?w=1128

En retour, je vous invite à aller voir le site de Pier : Esprit de l’utopie et son triptyque : L’art des dilutions, Vent d’ouest et Nous danserons pour toi, Volodia !

Dans sa poésie résonne le lyrisme du véritable romantisme. Le je ouvre la voie au collectif, la passion éclaire la raison au point de l’embraser, la poésie se sait politique en ce qu’elle ambitionne de restaurer le monde, rien de moins – et si ce n’était, en effet, presque rien ? Une révolution n’est qu’un renversement de perspective, qui semble évident une fois advenu. Me marque surtout son amour pour ses semblables, son humanité, sentiment si exigeant, tout d’acceptation mais sans aucun renoncement.

je veux me fondre
dans les buissons ardents de la fraternité,
dans les rayons condensés
d’un amour
qui ne renonce à rien,
dans les sourires béats de désespérance
de cette gamine apprenant trop vite
que son destin
a le goût du marbre et de l’oppression,
dans sa fierté abîmée
et dans ses gestes de fougue réprimée,
et je veux me fondre parmi vous, mes sœurs,
qui construisez les conditions
de l’Amour révolutionnaire,
et dans les nervures précoces
de ce gamin solitaire
dont le désir est lacéré par le réel,
dans ses joues rougies par la honte
et dans son sentiment persistant
d’une grandeur bafouée,
et je veux me fondre parmi vous, mes frères,
qui bâtissez les jours
tant attendus du renouveau,

je veux me fondre
dans l’alcoolisme enchanteur
de ceux qui clament
le monde qui vient, le monde qui tarde,
dans les systèmes nerveux malades,
dans les ravages du temps
et dans ceux de la mémoire,
et sentir ma voix vibrer
sous l’inflexion de vos muscles serrés,
je veux m’envelopper d’épiderme lacté,
me glisser sous la peau de n’importe qui
de n’importe quoi,
et je me fous de savoir
si vous en serez satisfaits ou contents,
c’est sous le patronage de l’errance
et de la déshérence
que je compose mon chant,
c’est la chair impersonnelle et irresponsable
qui me convoque,
et c’est à sa chair à elle,
drapée d’angoisses et de soleils noirs,
de mistrals chaloupés et de danses éclatées,
que j’offrirai mon dernier poème,

je veux me fondre, enfin,
dans la créolité du langage,
dans les ramifications souterraines du Sens,
dans la confrontation éruptive
d’une langue
et de sa grammaire imbécile,
car j’aime Le nom des choses qui,
dans l’âpreté du monde,
génère les conditions d’une rencontre
entre deux êtres apprenant à se parler,
car j’aime le silence assourdissant
d’une irruption des passions sur la scène
d’un vieux théâtre désossé,
et j’envie l’innommé
autant que l’innommable
et la belle abdication d’une langue
devant ce réel qui lui échappe

Et de ses poèmes faites des affiches sur l’antilivre.

2 commentaires sur “Dans les buissons ardents de la fraternité

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