Sortilèges

Récit de rêve

Tu te trouves au premier étage du palais d’histoire naturelle, un musée vaste et clair d’une clarté de bocal. Sous la verrière du toit se déroule l’évolution, le long des étages à l’allure de balcons en fer forgé qui exposent insectes épinglés, animaux empaillés, moules, découpes et herbiers et donnent sur le grand hall du rez-de-chaussée, où les dinosaures ont repris vie. Ils bondissent et glissent sur les dalles, poursuivant les rares visiteurs dans les salles vides comme le parc alentour, agrandi et aplani par l’hiver, où le sable des allées porte les traces de leurs courses.
Tu sais la seule manière de les arrêter : par le sortilège d’un parfum, en alliant quelques huiles essentielles. Un couple t’espionne et te voit t’affairer au laboratoire. Un homme et une femme en noir. Ils (surtout lui, elle suit) veulent devenir des héros et te volent ton idée. Mais leur mélange n’est pas le bon et tu les vois dans le hall, depuis le balcon du premier étage, poursuivis par le prédateur qu’ils essayaient de piéger. Ils disparaissent au détour d’un couloir.
Pour te protéger des attaques des dinosaures, tu t’injectes une huile essentielle dans le genou. Tu n’es pas sûre de l’effet d’un parfum aussi puissant sur ton sang. L’angoisse monte en toi à mesure qu’il se mêle à tes veines.
Voici que ta rotule bourgeonne. Une tige perce ta peau et pousse à tes côtés, se doublant d’une feuille qui retombe en virgule et s’achevant à la hauteur de la taille par le calice jaune d’une fleur grande comme ta main. Elle se balance quand tu marches. Les racines se prennent à ton cartilage et entravent légèrement ton mouvement. On entend leur craquement. Cette plante t’inquiète : elle s’abreuve à ton sang et l’irrigue de mystérieux nutriments, peut-être vénéneux. Mais elle te protège et te tient compagnie.
Tu mélanges trois essences : fleur d’oranger, amande et châtaigne et vas au-devant des dinosaures qui, à l’odeur, s’immobilisent et redeviennent les statues qu’ils étaient.
Après un dernier tour dans le parc, retournant au musée, tu t’arrêtes sur les marches du seuil pour arracher la plante à ton genou. Qui sait ce qu’elle t’a fait dans le secret du corps… Ton fiancé te reprochera ton inconscience… La plante ne s’arrache pas, elle se brise au ras de la peau. Il ne reste, contre le genou, que le gros bourgeon de sa naissance.

4 commentaires sur “Sortilèges

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