Assis sur la Lune

Moonassi, un nom qui signifie personne. Kim Daehyun l’a choisi pour s’oublier et se rappeler. Oublier le moi, se rappeler l’émotion. Être tout un chacun.
Après des études de peinture et de philosophie, il prend un petit format, des matériaux simples, des émotions et des motifs qu’il connaît bien, témoignant d’une grande modestie, autant par caractère que par nécessité : il pense concilier son art avec un travail alimentaire, qui lui laissera peu de temps.
Cela donne la série de Moonassi. Des dessins presque vides, qui peu à peu approfondissent leur paysage, raffinent leurs détails. Au centre reste une dualité : deux personnages en noir et blanc, équilibrant l’ombre et la lumière, l’intérieur et l’extérieur, l’aller et le venir, l’attrait et le rejet, l’un et l’autre, l’un et le multiple. Des scènes à la fois familières et énigmatiques, alliant vulnérabilité et violence, harmonie et malaise. Le trait du dessin touche, il est caresse et torsion.
Moonassi évoque Levinas, Bergson, le bouddhisme et le taoïsme. Ce que je vois, c’est la psychanalyse. Une expérience unique. Être soi et l’autre, être l’autre de son soi et le soi de son autre, le multiplicité recueillie ou l’unité pulvérisée, à la fois projeté et projetant.
Tant d’images vaines de la psychanalyse… le divan, l’argent… le silence, le jeu de mots… les livres, les jambes croisées, que sais-je… Même un documentaire enregistrant secrètement des séances de psychanalyse serait une suite d’images vaines… Parce que ce qui se passe n’appartient pas au royaume de l’image, aurais-je dit. C’est inimaginable.
Jusqu’à ce que je vois les dessins de Moonassi. Lui, qui ne s’y réfère en rien, est le seul à en donner une image juste. Peut-être parce que psychanalyse et bouddhisme se rejoignent dans leur pratique : centrer le je en le décentrant, et inversement. Moonassi décrit d’ailleurs le dessin comme thérapeutique : il est « un moyen pour résoudre ses conflits intérieurs ».
Voici donc, selon moi, quelques illustrations de la psychanalyse :

0005_hearing-speaking_2009_web01

Hearing Hearing

0010_youre-beyond-you_2009_web01

You’re beyond you

0017_blanket-of-you_2009_web01

Blanket of you

0018_save_web01

Save

0036_tear-drop-competition_2010_web01

Tear drop competition

0050_face_the_whole_or_martini_web01

Face the whole

0148_embraceable_you_web

Embraceable you

Pour finir, une phrase de Moonassi qui me fascine car elle témoigne d’une sorte de présence absolue à soi, comme une psychanalyse (ou un bouddhisme) achevée et même parachevée : « Tous mes futurs dessins sont déjà prêts dans ma tête. Le dessin du mois prochain, de l’année prochaine et même ceux de 5 ans, 10 ans. »

Son site : www.moonassi.com

3 réflexions sur “Assis sur la Lune

    • Merci ! J’ai adoré votre texte sur l’escalier, surtout : « c’est dans l’immensité du tournant que l’enfant installe son royaume (…) sur cette marche qui tourne et étale son triangle ». J’ai vraiment eu l’impression d’habiter un escalier en le lisant.

      J'aime

  1. Pingback: La légèreté à force de pesanteur | Nervures et entailles

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s