Sur les traces de J. K. Rowling

Après la lecture de son bref essai, il m’est apparu en toute clarté non seulement que J. K. Rowling n’était pas transphobe, mais que sa personne a servi de paratonnerre à toute la misogynie ambiante. Celle-ci s’est révélée d’une formidable violence dans notre société qui se conçoit pourtant comme égalitaire et tolérante. Il suffit de lire ses déclarations et en parallèle les réactions qu’elles ont suscitées pour voir où se situe le véritable discours de haine. Non seulement on a appelé à brûler ses livres et à lui retirer ses prix, mais on a incité au viol (d’innombrables variations sur suck my trans dick), à la violence et au meurtre – ce qui est une pratique courante envers les féministes critiques du genre. Leurs adversaires les appellent les TERFS (Trans-exclusionary radical feminists) et déclinent toute une gamme de produits (vêtements et ustensiles) et de hashtags qui appellent à les frapper, les poignarder et le plus souvent, en toute simplicité, à les tuer. Ces féministes doivent manifester sous des cris qui appellent à leur mort et # RIPJKRowling s’est répandu sur Twitter à l’occasion de la sortie de son dernier livre. Mais ces violences sont justifiées et pardonnées au nom de l’exclusion dont seraient l’objet les transgenres. Celles qu’on pointe du doigt comme coupables de violences, ce sont ces mêmes féministes qui inciteraient à la haine, en proclamant que le sexe est une réalité ou en affirmant qu’elles ne considèrent pas les femmes trans comme des femmes à part entière – position scientifique, philosophique ou/et politique, qui n’est en rien un appel à l’extermination.

Donc : d’un côté, des personnes qui ne remettent pas en question la notion de genre et donc l’existence et la légitimité des transgenres, mais disent que la notion de genre ne peut annuler ou remplacer celle de sexe ni les transgenres être considérés comme appartenant purement et simplement au sexe qu’ils choisissent, et ces personnes se voient lynchées publiquement sous les applaudissements unanimes de la foule, tout au plus appelle-t-on à un peu de retenue lorsque la meute se déchaîne outre mesure et montre son vrai visage de jouissance misogyne. De l’autre, des personnes qui appellent systématiquement au meurtre, au viol et à la violence et déploient envers les féministes un acharnement rappelant les temps obscurs, en les traitant littéralement de sorcières méritant le bûcher, et ces personnes sont considérées comme des victimes dont la supposée souffrance est telle qu’elle les place au-dessus de tout jugement moral et qui doivent être constamment protégées de la dureté d’une réalité qui met à mal leur imaginaire.

Rappelons que J. K. Rowling n’a dit qu’une chose : le sexe est une réalité qu’on ne peut effacer – même si on peut lui superposer celle du genre. Une femme est femme parce que femelle. Voilà le nerf de la guerre. J’espère que les femmes qui me lisent se sentent toutes concernées, féministes ou non : c’est notre sexe qu’on vient nier ici et cela a déjà sur les plus vulnérables d’entre nous de graves conséquences, je vais y venir. L’affirmation de J. K. Rowling est une évidence qui tombe sous le sens. Le sexe est du réel irréductible, un fait de nature, qui concerne une grande partie du vivant, tandis que le genre est une construction imaginaire à partir de ce réel, un fait de culture. On pourrait tracer un parallèle entre elle et les savants mis au pilori pour avoir affirmé que la terre tourne autour du soleil ou que l’univers est infini, sauf qu’il ne s’agit pas ici de science élaborée, mais d’une vérité toute bête.

Je suis désolée de briser des rêves, mais on ne peut pas nier notre réalité à tous pour soulager quelques-uns qui souffrent de cette réalité. Ces dénégations deviennent dangereusement totalitaires lorsqu’elles nous dépersonnalisent et vident le langage et par contiguïté la vie du moindre sens. Cette idéologie est aussi complètement incohérente, puisque si la biologie ne compte pas, si la binarité n’existe pas, alors pourquoi suivre un traitement médical pour changer de sexe ? Je ne nie pas du tout le genre choisi par les transgenres, mais on ne peut pas non plus nier qu’ils aient changé de sexe pour correspondre à leur genre ; et d’ailleurs il y en a qui s’en réclament : cela fait aussi partie de leur histoire et de leur identité.

Car il faut distinguer ici entre l’activisme trans actuel qui se caractérise par son agressivité et son aveuglement des trans eux-mêmes dont beaucoup pensent chacun à leur manière, en toute indépendance, avec nuance. Ils devraient se désolidariser des excès de ce lobby qui cherche à réclamer des droits en en retirant aux autres. Le malheur est que, lorsqu’un trans demande à discuter de ces sujets, il se trouve qualifié de transphobe et exclu de la communauté, comme le montrent le silence qui gagne les blogs trans critiques du genre et la marginalisation des femmes trans qui disent qu’elles vivent en femmes, mais ne sont pas des femmes. Deux générations s’opposent aussi ici, entre les anciens qui se définissent comme transsexuels et les nouveaux qui remplacent ce terme par transgenres afin d’effacer toute référence au sexe.

J. K. Rowling ne nie pas le genre des transgenres et appellent à lutter à leurs côtés contre les discriminations qu’ils subissent, mais elle souligne qu’ils ne sont pas des femmes ou hommes au même titre que les autres, qu’on ne peut nier la différence matérielle, la biologie qui d’ailleurs se rappellera à eux : bien des maladies et le vieillissement aussi n’ont pas le même effet chez l’homme et chez la femme au sens biologique. Le désaccord entre femmes cis et trans est d’ailleurs tout récent, puisqu’il ne vient que de cette dénégation inédite du sexe qui n’a pas toujours caractérisé le mouvement trans.

Une grande partie des médias s’empresse de considérer les propos de l’autrice comme des insultes et des préjugés sans vérifier leur possible pertinence : sans aller examiner les faits qu’elle apporte à l’appui de ses déclarations. Et plus j’avance dans mes recherches sur le sujet, plus je suis impressionnée par le courage inébranlable de J. K. Rowling et la lâcheté inqualifiable des autres, dont ils auront une honte brûlante lorsque le temps aura fait son œuvre et qu’ils verront que, sous couvert de progressisme, ce mouvement représente une formidable réaction.

Je ne parle pas en l’air. Deux régressions au moins : pour les femmes et pour les enfants, donc pour les plus vulnérables de notre société, pour ceux qui furent les sujets du patriarche.

Je vais être brutale. De toute façon, les activistes trans ne nous ménagent pas. Nous, les femmes, n’avons pas été dominées en presque tout temps et tout lieu parce qu’on se sentait femme dans notre tête : non, nous avons été exploitées, violentées, objectivées et nous le sommes encore souvent parce que nous avons un corps de femme. D’ailleurs, les femmes qui se sentaient hommes dans leur tête subissaient le même sort, personne n’allait s’intéresser à ce qu’elles pensaient. Comme je l’ai déjà expliqué, de notre condition biologique dérive notre condition politique. Notre capacité à enfanter, notre jouissance clitoridienne, la périodicité de notre cycle, notre constitution en moyenne plus faible (taille et musculature moindres) : sur tout cela se fonde et se justifie notre esclavage, s’étend notre ravage. Et non sur notre ressenti, notre préférence pour la mécanique ou la broderie, notre goût pour les robes ou les pantalons – autant de codes sociaux qui ont été instaurés pour nous aliéner davantage et qu’on veut nous faire passer aujourd’hui pour la profondeur de notre être, l’essence de notre féminité.

C’est là où le décloisonnement du genre a tourné, presque comiquement, si ce n’était si grave, à l’hypergenrisme. Pendant quelques années bénies, on a dit aux petites filles qu’elles pouvaient s’identifier aux codes masculins, porter leurs vêtements, pratiquer leurs activités, avoir les mêmes comportements, sans perdre en rien en féminité, parce que toutes ces histoires de nature féminine et masculine étaient des histoires inventées pour nous diviser (ce qu’elles sont). De même pour les garçons, au sujet des activités, comportements et vêtements étiquetés comme féminins. Et maintenant, c’est l’inverse : si une fille veut se raser les cheveux et mettre des sweatshirts, c’est qu’elle est un garçon et si un garçon se maquille et met des jupes, c’est qu’il est une fille. Ainsi, le genre, un fait de culture, se voit réifier en fait de nature en ce qu’il est transformé en donné psychologique : l’esprit serait masculin ou féminin dans un corps féminin ou masculin. Et à la lecture de bien des témoignages, cet esprit soi-disant féminin ou masculin se résume à l’imaginaire genré le plus rétrograde et caricatural, mais qui incite maintenant à changer la chair pour que la nature corresponde à la culture, culture que jusque-là on remettait en question. Je sais que certains se sentent réellement du sexe opposé à celui de leur naissance, sans donner dans ces clichés, mais de cette situation exceptionnelle, on a inféré une confusion entre genre et sexe qui devrait concerner tout le monde.

Venons-en aux faits. Il suffit maintenant de se déclarer femme pour l’être – nul besoin de suivre une thérapie hormonale ou de chirurgie génitale. En France, 75 % des femmes trans ont encore leurs organes masculins. Cependant, elles sont considérées comme femmes à part entière, comme si elles étaient nées dans cette condition et la vivaient pleinement. Les conséquences de cette confusion entre femmes et femmes trans ? Déjà, cela détruit la notion de femme : toutes les statistiques sont ainsi faussées concernant leur situation sociale et sanitaire, par exemple, et lorsque des organisations féministes le font remarquer, puisque cela sabote la lutte pour l’égalité, elles sont qualifiées de transphobes. Les compétitions sportives incluent les femmes trans parmi les femmes alors que, par leur constitution, elles se trouvent avantagées et lorsque des athlètes le font remarquer, elles sont traitées de transphobes. Les lieux non mixtes leur sont ouverts : les vestiaires, les toilettes, les prisons, les dortoirs. Je ne dis pas que les femmes trans sont des prédateurs masqués, évidemment, mais que des prédateurs en profitent et se cachent parmi elles, ce que de nouveau les employés des foyers et des prisons pour femmes ne peuvent dénoncer, car ils seraient accusés de transphobie et risqueraient d’être licenciés. Je renvoie vers ce témoignage édifiant : quand, réfugiées dans des foyers à la suite de violences perpétrées par des hommes, les femmes dénoncent les agressions sexuelles des femmes trans en les traitant comme des hommes (ce qu’elles se sont révélées être lors de leur agression), on les accuse de transphobie parce qu’elles mégenrent leur agresseur. Vous observerez qu’aucun homme trans ne proclame que le pénis ne fait pas l’homme ni ne va agresser sexuellement les hommes cis. Par contre, les hommes trans se font agresser par les hommes cis dans les prisons. Dans les faits, c’est donc bien le sexe et non le genre qui fait la différence : ce sont les femmes au sens biologique qui sont agressées par des hommes au sens biologique. Et si vous voyez les crimes sexuels commis par des femmes augmenter dans les statistiques, n’allez pas chercher pourquoi : on y aura inclus ces crimes commis par des hommes.

Autre exemple, les colleuses ont vu leurs collages être détournés par des femmes trans qui les accusaient de ne pas les inclure : leurs dénonciations des féminicides ont été transformées en appels à tuer les féministes (selon vous, de quelle côté la haine et l’oppression ?). Elles ont publié une tribune en réponse sur le Huffpost, qui a été vite retirée parce que considérée transphobe et heureusement reprise par Marianne, au nom de la liberté de pensée. Lisez-la et dites-moi : quelle haine dans ce souci des femmes ? Quelle discrimination dans cette affirmation simple que les femmes sont des femmes par une condition biologique et politique partagée et non par l’identification à un genre ou par le ressenti psychologique ? Comme si les femmes trans, se sentant exclues, voulaient nous exclure en retour, en abolissant la notion de femme et donc le féminisme. Pourtant, les femmes ont été et sont encore leurs alliées dans la lutte contre les discriminations, mais comme dit J. K. Rowling, ce n’est jamais assez : elles doivent nier leur propre identité pour reconnaître celle de l’autre.

Ce retrait de tribune montre que nous pourrions même perdre le droit à la parole en tant que femmes et pour les femmes. Cela se voit dans tous les témoignages de soignants et d’aidants qui se font de manière anonyme pour les mêmes raisons. Ce pourquoi le soutien que reçoit J. K. Rowling est principalement privé : il ne peut pas être public, il est interdit de cité, les gens y perdraient leur moyen de subsistance. L’autrice Gillian Philip (ayant pour pseudonyme Erin Hunter) a été renvoyée pour l’avoir soutenue. J. K. Rowling n’utilise pas, comme on le dit, son succès pour diffuser de la transphobie : elle est la seule à être assez protégée, par ce succès même, pour pouvoir parler de ces problèmes. Les exemples d’une telle terreur sont innombrables. Dans les universités britanniques, les professeurs qui se trompent dans le pronom (he/she/they) de leur interlocuteur transgenre s’exposent aux représailles de leur administration. Je n’ai jamais vu de telles pratiques s’appliquer pour les étrangers dont on écorche sans cesse les noms ; et puis les gens peuvent aussi se tromper et s’excuser : où est passée la politesse, le minimum de la civilité ?

Vous trouvez peut-être qu’il ne s’agit là que d’accidents de parcours. Autre anecdote significative : dans le Wyoming, les activistes trans se battent contre un projet de loi de criminalisation des mutilations génitales des femmes (excision/infibulation), parce que cette expression « mutilations génitales des femmes » les exclut de la féminité et est donc considérée transphobe. Les female n’ont apparemment plus de clitoris par définition. Vous voyez où va nous mener l’érosion de la notion de femme : il n’y a aura plus que des problèmes de clitoris par là, des problèmes de règles par ci et jamais un problème global qui est la condition de la femme. Et merci, au passage, pour la solidarité féminine.

À ce propos, comme seules les féministes radicales ont pris la défense de J. K. Rowling, je me demande : les autres, en quoi sont-elles féministes ? Ça leur va qu’on nous émiette en attributs où notre corps disparaît, dans une société où la femme est une idée et la réalité seulement des personnes-vulves, des menstrueuses et des allaiteuses ? Un petit air de La Servante écarlate, non ? Mais comme la réaction se cache sous le drapeau arc-en-ciel et non la religion biblique, personne ne veut la reconnaître pour telle. Bien des féministes rapprochent à raison ce transactivisme actuel des mouvements masculinistes : leur haine des femmes est la même. L’objectivisation radicale que révèlent ces métonymies dégradantes et la censure qui escamote la moindre référence au corps féminin comme maternel et maternant le prouvent. Quand le 8 mars dernier, à Liverpool, une banderole officielle affichait la définition du dictionnaire : « femme, nom commun : être humain adulte de sexe féminin », elle a été retirée sous la pression à cause de sa transphobie.

On peut s’étonner de la puissance de cet activisme. Ni les femmes ni les homosexuels n’ont réussi à faire reconnaître leurs droits avec autant de succès et d’efficacité après des décennies de lutte. Et si cette idéologie permettait au fond réactionnaire de notre société de s’exprimer ? Par leur intermédiaire, que ce soit conscient ou non, ce sont précisément les femmes et les homosexuels qui sont invisibilisés et/ou divisés. J. K. Rowling le remarque dans un tweet : si le sexe n’est pas réel, l’homosexualité n’existe plus. Je crois que beaucoup aimeraient bien qu’il en soit ainsi. D’autre part, une féministe décrit ici que le mouvement LGBT devrait être renommé GT, parce que presque toutes les femmes en sont parties suite à la prise de pouvoir des activistes trans.

Dans ce prospectus de formation à l’activisme, on peut lire leurs tactiques, qu’ils exposent eux-mêmes : cacher (c’est leur mot : veil) leurs réformes sous la défense plus populaire des droits des homosexuels et faire pression directement sur les politiques en tenant à l’écart le grand public, peu informé des questions de genre, qui pourrait trouver quelque chose à redire (de nouveau, ce sont leurs termes : tenir à l’écart la presse). Certaines victimes de l’activisme trans avancent qu’il s’agit d’un lobby recevant d’importants soutiens financiers, car ces transitions profitent à toute une industrie médicale (chirurgicale et surtout pharmaceutique) : ce sont des patients à vie que l’on crée – mais je n’ai pas d’informations pour le confirmer et ne veux pas donner dans le complotisme.

Venons-en justement aux enfants et aux adolescents soumis à des thérapies qui bloquent leur développement. On sait à présent, avec le récent recul sur ces pratiques qui ont lieu depuis plus longtemps aux États-Unis et au Royaume-Uni, que la dysphorie de genre (le fait de ne pas se reconnaître dans son genre) est assez répandue dans l’enfance et dans l’adolescence et qu’elle disparaît dans l’écrasante majorité des cas à la fin de celle-ci (dans 85 % des cas), se résolvant souvent dans la découverte de l’homosexualité (c’est donc bien elle qu’on fait disparaître). Cependant, elle est maintenant traitée très couramment comme une réassignation de genre, avec pour perspective le changement de sexe, par la prise de bloqueurs de puberté, puis à la majorité (parfois avant, les législations varient) par la prise d’hormones et l’intervention chirurgicale, sous la pression des activistes qui brandissent la menace du suicide et de la mutilation si on ne procède pas ainsi (ce qu’aucune recherche en médecine ou en psychologie ne prouve). Chacun achève plus ou moins loin la transition, selon ce qui lui correspond, mais les traitements même interrompus engageront la vie entière et auront des conséquences irréversibles.

Rien que les bloqueurs de puberté, qui sont présentés comme une simple mise entre parenthèse du genre, auront de graves effets sur le sujet, encore mal connus dans leur étendue. Traités trop tôt, ces enfants deviendront stériles et même traités plus tard, leur croissance en sera impactée, leur ossature restera fragilisée. Psychiquement, la construction de soi à l’adolescence ne peut pas faire l’impasse sur la puberté et notamment la découverte de l’orientation sexuelle qu’elle entraîne. La thérapie qu’ils suivent (quand ils en suivent une !) ne leur apprend pas à assumer ce corps qui leur échoie, à s’interroger sur ce qui signifie être femme ou homme et ce qu’ils pourraient faire eux de ce sexe qui n’a pas été choisi à leur place, comme le dit l’idéologie transactiviste, mais qui leur a été donné par grâce, hasard ou nécessité – selon la croyance que vous choisissez – et sur lequel ils peuvent greffer les attitudes et les activités des deux genres comme ils le souhaitent. Une telle thérapie serait de la transphobie. De même, lorsque les parents expriment le moindre doute sur l’hypergenrisme actuel et le mimétisme de l’identité transgenre qui entraîne des groupes entiers d’amis à changer de genre d’un jour à l’autre et essaime sur les réseaux sociaux, ils sont aussitôt qualifiés de transphobes. Vous aurez compris le mécanisme, toujours le même, qui consiste à voir une discrimination envers les transgenres dans la moindre critique du genre.

Si les enfants souffrent plus tard de ces traitements, si leur trouble identitaire non seulement ne se résout pas mais s’aggrave, si ces médicaments ont un effet destructeur sur le long terme (ce qui est déjà avéré), ce sera notre responsabilité. En tant qu’adultes, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas, nous ne pourrons pas dire à l’enfant devenu grand et qui regrette : c’était ton choix, c’est toi qui l’as voulu. Qu’est-ce qu’un enfant ou même un adolescent sait, avant la puberté, de ce que signifie être homme ou femme si ce n’est le stéréotype culturel de la société où il vit et ce que ses parents désirent voir en lui ? Qu’est-ce qu’il peut en savoir sans avoir développé les propriétés d’un sexe ou ressenti une attirance sexuelle ? Il existe des exceptions, ces cas restants, tout de même 15 %, une authentique dysphorie dont on ne connaît pas encore l’origine bio, psycho ou sociologique et qui perdura à l’âge adulte. Là, ces bloqueurs peuvent être la seule façon de survivre et ils facilitent certainement la transition à l’âge adulte en limitant le développement des caractéristiques sexuelles. Mais ils sont devenus depuis un certain temps au Royaume-Uni, pays d’où s’exprime J. K. Rowling, une pratique courante et automatique – et cela devient vite le cas en France. Remarquons que sur ce point, les transactivistes travaillent au contraire à retirer aux parents le droit de décider pour leurs enfants, à laisser les mineurs déterminer eux-mêmes leur sexe et avoir accès aux traitements comme bon leur semble.

Ainsi, des enfants aux histoires et aux psychismes complexes et singuliers deviennent les symboles efficaces et uniformes d’une lutte politique où l’on se soucie peu de leur bien-être. Et les thérapeutes qui veulent les défendre, qui savent, par une longue pratique clinique, que leur réalité ne se résoudra pas par le coup de baguette magique d’une transformation inachevable ? Transphobes, évidemment. On (mal)traite ainsi, entre autres, l’autisme, le trauma sexuel et les troubles du comportement alimentaire, résolus par une réassignation qui ne résout rien, qui aggrave au contraire les souffrances. C’est là le scandale médical qu’annonce J. K. Rowling et qu’une attention un peu plus fine à ces problématiques aurait vite révélé à tous ceux qui l’ont discréditée sans s’interroger et dont la parole a un vaste écho médiatique qui engage leur responsabilité. J’ajoute qu’on ment à ces enfants en leur disant qu’ils peuvent choisir leur sexe, en leur faisant croire qu’ils deviendront des hommes ou des femmes à part entière, alors que la transition ne sera jamais complète, qu’il restera quelque chose du sexe précédent, ce que décrit ce témoignage désillusionné d’une jeune fille qui a détransitionné.

De nos jours, au Royaume-Uni, de plus en plus de mineurs veulent et peuvent procéder à cette transition, en grande majorité des filles : une augmentation impressionnante, 4400 % de hausse dans les demandes de transition. Il est évident que dans notre société, il vaut mieux être un homme. On voit que la haine de soi a été bien intégrée. Bien sûr, cela alarme les féministes, aussitôt qualifiées, vous aurez appris la leçon, de transphobes.

Je retranscris à ce sujet un passage du livre Transgender Body Politics de Heather Brunskell-Evans :

« Les citoyens devraient pouvoir demander, sans risquer de représailles, qui a le droit de produire les connaissances sur le sexe et le genre qui informent ensuite la pratique clinique pédiatrique. Dans quelle mesure les psychologues cliniciens et autres professionnels de la santé sont-ils libres d’appliquer le principe hippocratique « d’abord ne pas nuire », étant donné le champ de force où sont élaborés les concepts transgenristes et l’autorité alléguée des transactivistes en matière de droits de la personne ? Quelle est la relation entre la hausse exponentielle du nombre de filles s’identifiant comme garçons et la misogynie, le sexisme et la violence sexuelle ?

Je soutiens qu’un transactivisme militant exige absolument que des « enfants trans » existent en tant que figures naturelles, afin de fabriquer l’illusion que l’identité transgenre est apolitique. L’être humain le plus sacrifié sur l’autel de la théorie queer et d’un mouvement masculiniste en plein essor est une nouvelle identité médicalisée : celle du « transboy ». On promulgue la notion que les filles peuvent devenir des hommes et que l’intervention médicale est une chance pour elles de rejeter les restrictions de leur corps féminin pour devenir leur véritable moi « masculin » authentique.

Comme l’« identité de genre » a été efficacement détachée de son contexte social et politique par les groupes de pression transgenristes et qu’elle est de plus en plus conceptualisée comme une qualité inhérente aux personnes, les filles vont continuer à être aux prises avec une oppression sexiste socialement construite. La stérilisation des filles au nom de la liberté de genre ne signifie pas l’extension de leurs droits humains, mais plutôt leur violation flagrante. »

Les activistes minorent le traumatisme que représente une transition malvenue et la difficulté de la détransition. Les femmes qui suivent ce parcours ont souvent perdu leur fertilité et leur poitrine, leur voix reste masculine et d’autres traits perdurent. Le changement est en partie irréversible. Une enquête via les réseaux sociaux sur 204 personnes (donc à la pertinence limitée) montre que 65 % d’entre elles n’ont pas suivi de thérapie et les autres très peu. Or les activistes encouragent l’abolition de la thérapie et le simple remplissage d’un formulaire pour accéder à la transition, au nom de la liberté personnelle, disent-ils, peut-être, mais avec un mépris complet pour la santé, la vie d’autrui.

Je parle ici pour les femmes, pour les enfants, pour les hommes qui en ont le souci, mais aussi pour les transgenres : quand ces scandales se révèleront, quand ils deviendront trop fréquents et flagrants pour que tous continuent à fermer obstinément les yeux et que le discours victimaire changera de camp, ils risquent d’être fortement discriminés à cause de cet activisme cruel et acharné, alors qu’ils sont déjà en butte à de forts préjugés dans nos sociétés où l’ambivalence sexuelle suscite de vives résistances et où ils sont souvent victimes d’agressions et d’humiliations. Il faut lutter contre leur discrimination, mais pas de cette façon. N’y a-t-il pas assez de place dans la société pour des hommes cis et trans, des femmes cis et trans ? Pourquoi réduire cette diversité ? Si une femme transgenre ne connaît pas mon ressenti de femme cisgenre, à l’inverse je ne connais pas le sien et personne n’a de supériorité sur l’autre au nom de son ressenti. Ces activistes semblent plus soucieux d’imposer leur conception du monde à tout le monde que de défendre les individus concernés, les trans eux-mêmes, dans leurs parcours difficiles au quotidien. Dans cet article, une femme trans retrace la complexité psychologique de la dysphorie de genre et souligne que, même lorsqu’elle aboutit sur une transition, elle devrait s’accompagner d’un long soutien psychologique et qu’en privant les trans de thérapie, les activistes en vérité ne les aident pas, tout au contraire.

Je crois qu’il faut reprendre la parole sur ces sujets, pour y tâtonner et s’y trouver, sans répéter l’idéologie du genre. Il faut en parler entre nous, entre parents et enfants surtout. Et je voudrais rappeler ici quelques banalités philosophiques, que ces activistes semblent avoir oubliées autant que le b.a.-ba de la biologie.

Notre corps se situe entre l’être et l’avoir. Nous sommes et ne sommes pas notre corps. Il ne nous correspond pas entièrement, il n’incarne pas exactement notre esprit ou notre identité. On peut ne pas se reconnaître dans son visage, son âge, sa corpulence, sa taille, son sexe. C’est presque toujours le cas au départ et on apprend plus ou moins consciemment à s’y reconnaître, avec le temps, l’attention aux sensations, le renoncement aux diktats de l’image. Ce travail se poursuit toute la vie en vérité, car notre corps ne cesse de changer. En même temps, sans lui, nous ne sommes pas. Il est la condition de notre vie. Il a le droit à autant de respect et de reconnaissance qu’un animal totem qui abriterait notre âme. Il ne faut pas trop lui en vouloir de ne pas être ce que nous voudrions qu’il soit. Il est sûrement bien plus intéressant dans sa manière sauvage de vivre, qu’il vaut le coup d’observer et d’explorer, que l’idéal désincarné sur lequel on veut le forger et qui imite les normes en cours. De même, nous avons et nous n’avons pas notre corps : nous le possédons dans une certaine mesure, il nous obéit et personne n’a le droit d’en user contre notre volonté, mais il nous possède bien davantage que nous ne le possédons, même notre esprit ou notre âme n’est que son ultime floraison. Notre culture occidentale pourrait aisément être interprétée à travers la méconnaissance du corps. Dans ce contexte, nous devons trouver des voies de traverse pour aller à sa rencontre : sport, spiritualité, sexualité, il en existe de nombreuses.

Ce que je dis pour le corps vaut pour le langage, qui est notre peau, notre spectre. On veut le maîtriser en effaçant des mots ou en ajoutant des lettres, mais on ne fait ainsi que révéler combien il nous maîtrise. On croit que la réalité va changer sous nos formules nouvelles, mais d’où vient cette croyance si ce n’est du fait qu’on en est dupe des mots ? Laissons la langue vivre sa vie, venir à nous, soyons à son écoute au lieu de lui intimer nos mots d’ordre qui ne sont que des mots de terreur et la réduisent à toujours plus de silence : vous avez remarqué comme elle sonne creux ces derniers temps ? Je ne veux pas influer sur les décisions ni les ressentis de qui que ce soit, mais seulement rappeler que personne ne coïncide pleinement ni avec son corps ni avec le langage, tout en étant plongés en eux au point qu’ils sont plus qu’un corps ou un langage : ils sont notre monde, on ne peut en sortir, s’en extraire ; et ce décalage entre être et ne pas être son corps et sa langue est ce qui constitue notre être.

Aujourd’hui, il est courant d’identifier la liberté au choix et non à l’acceptation. Sans doute que pour certains cela fait sens et ils y ont trouvé leur voie. Quant à moi, j’ai fait le chemin inverse, et je ne le dis pas pour le revendiquer, seulement pour montrer que c’est un chemin possible. Je ne m’exprime pas en personne qui ne comprend rien à l’aliénation de ne pas se reconnaître dans son corps, j’ai longtemps souffert de dysmorphophobie et de troubles associés et j’ai aussi connu la maltraitance thérapeutique. Notre vie n’a pas été inaugurée par un choix : je n’ai pas choisi de naître, je n’ai rien choisi de ce qui me fait moi ni mon nom ni mon corps ni mon âme ni la langue que je parle, rien de rien, mais cela ne m’asservit pas. Ce qui m’asservit, c’est de croire pouvoir être quelqu’un d’autre que moi-même, c’est de croire devoir être quelqu’un alors que moi, c’est très bien, et quand on s’en rend compte, on devient libre, parce qu’alors on n’a plus à être qui que ce soit.


Pour revenir à la science confrontée aux faits et à la réalité vécue par chaque individu, loin de l’idéologie transactiviste, je conseille les informations réunies sur ce site, élaboré par des universitaires, des thérapeutes, des instituteurs et des parents soucieux du bien-être des enfants – tous restent bien sûr anonymes, car ils perdraient leur emploi ou seraient victimes de harcèlement dans le cas contraire, sans parler de leurs enfants, dont on ferait l’objet d’une lutte politique.

#istandwithjkrowling

11 commentaires sur “Sur les traces de J. K. Rowling

    1. Merci de votre lecture ! Ces questions sont très importantes et on nous interdit d’en discuter et de nous informer en dehors de leur propagande. On essaye de faire passer toute pensée indépendante sur le sujet pour de l’intolérance, alors pensons : c’est devenu une lutte, un combat de simplement penser !
      Sur le sujet, le seul journal honnête que j’ai trouvé jusqu’à présent, c’est Marianne. Libération encense l’inclusion des femmes trans dans le féminisme. Sur Mediapart, un manifeste féministe commence par la femme n’est pas l’objet du féminisme (je ne rigole pas).

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    1. En effet, une toute petite minorité ! 1% de la population américaine (où cette tendance est la plus répandue) se définit intersexe, ce qui inclut les infinies déclinaisons du narcissisme 2.0 du type non-binaire et gender-fluid et tous les troubles psychiques qu’on s’autodiagnostique comme problème d’identité sexuelle. Il faut ensuite réduire ce pourcentage au nombre encore plus réduit des activistes qui ne représentent pas tous les trans. Donc en comparaison des femmes, des enfants, des homosexuels, toutes ces catégories qui pâtissent de leurs démarches de terreur : presque rien. Bref. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent avec leur tête et leur corps, mais laissent les autres tranquilles !

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      1. Merci pour cet article très fouillé. Je suis tout à fait d’accord avec vos propos. Tout cela va beaucoup trop loin alors que ça ne concerne au final qu’une toute petite proportion de la population générale. Comment ne pas y voir ensuite des intérêts cachés. Ce qui me chagrine vraiment, c’est, je vous cite,  » les activistes [qui] encouragent l’abolition de la thérapie et le simple remplissage d’un formulaire pour accéder à la transition ». Est-ce qu’ils se rendent bien compte des dégâts que peuvent causer toutes ces transitions qui ont été entamées sauvagement à l’adolescence??? Il n’y a plus aucun respect de l’être humain dans cette idéologie. C’est très triste. Et cette prolifération d’étiquettes pour parler de toutes les nuances possibles de genres. Pour des personnes qui refusent d’être mises dans des cases, c’est un peu ironique…

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        1. Merci de votre soutien !
          Oui, toute cette histoire est tragicomique. Comique par ses contradictions. Ce désir d’originalité à tout prix qui ne fait que recycler de vieux clichés sur les genres. Tragique par cette violation des droits humains.
          Honnêtement, je ne comprends pas toutes les raisons du phénomène. Il y a des raisons culturelles (la culture queer, le postmodernisme), financiers (les intérêts pharmaceutiques et chirurgicaux), idéologiques (le mouvement est investi par des masculinistes).
          C’est très difficile de circonscrire le pourquoi du comment, tout en évitant le complotisme 🙂
          Mais ce qui est tout aussi étonnant, c’est la facilité avec laquelle la société l’a accepté. Cette idéologie a détourné à son profit avec beaucoup d’adresse tout le discours compassionel de mise aujourd’hui – et que je ne critique pas en soi, c’est très bien la compassion, mais il ne faut pas non plus être pris pour une poire.
          En même temps, ces activistes me semblent avancer à l’aveugle. Comme vous le dites, les dégâts vont être, sont déjà considérables. Ça ne va pas continuer indéfiniment et pourtant ils ne se régulent en rien.

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  1. Notre corps est largement le produit, le reflet de l’imaginaire, le nôtre et celui de la culture dans laquelle on baigne. Vouloir en faire du réel est illusoire et le plus souvent mortifère, c’est une régression à l’anatomie, or si nous sommes aussi de la chair, nous ne sommes pas que cela me semble t-il…
    Encore une fois c’est plus compliqué et c’est cette complexité que notre monde refuse de plus en plus.
    Merci pour vos articles qui justement explorent cette complexité.

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    1. Merci de votre lecture ! Oui, ils refusent la complexité et semblent même avoir développé une allergie à la libre pensée. On parle d’une génération fragile, hypersensible. Jamais vu d’hypersensibles appeler au meurtre et au viol. Jamais vu de gens fragiles ne pas avoir d’empathie pour la fragilité d’autrui et se mettre au contraire à en abuser (ici, celle des femmes, des enfants). Ces activistes sont des barbares, cachés sous des symboles enfantins, régressifs, acidulés, des appels à la douceur, l’écoute et la tolérance, ce qui rend tout ça encore plus malsain et pervers.

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  2. Merci Joséphine d’explorer ces problèmes difficiles. Parce que je me sens parfaitement à l’aise dans mon sexe (ce qui ne signifie évidemment pas : avec la caricature de mon genre), je devine qu’il doit être très douloureux de ne pas s’y sentir à l’aise. Mais instrumentaliser et généraliser ce malaise intime est une aberration.

    Tu dis que ceux qui veulent changer de sexe sont surtout des femmes ? Je ne connais rien à ces questions mais si on m’avait interrogé sur ce point, j’aurais spontanément répondu le contraire : que c’était plutôt les hommes qui voulaient changer de sexe. Peut-être faut-il faire la différence entre celles et ceux qui se sentent d’un autre genre que leur sexe, et celles et ceux qui veulent changer de sexe, ce qui est autre chose.

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    1. Merci de ta lecture, Aldor !

      De ce que j’ai compris, c’est un activisme dirigé par des hommes extrêmement misogynes, mais parmi les mineurs, ce sont depuis peu les filles qui dominent dans les demandes de transition, ce qui n’est pas étonnant : il vaut mieux être un homme dans notre société.

      En effet, ils confondent genre et sexe, consciemment, pour amener des gens qui veulent se libérer du genre (légitimement) à changer de sexe (c’est là où ils font de l’argent).

      Je traite de cette confusion qu’ils entretiennent entre sexe et genre dans l’article C’est quoi, le genre ? Mais il est très long et je ne t’oblige pas à le lire 😉

      Et puis, je ne dis pas qu’il faut me croire sur parole, mais s’informer par soi-même de ces questions dominées par la propagande et l’idéologie – et pour cela fuir les réseaux et les médias, se concentrer sur la science, le savoir et notre propre expérience du vivant, de la vie, c’est bien elle qu’on attaque ici.

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