Être femme

C’est d’abord une éducation. C’est être identifiée et élevée en tant que fille, donc être traitée en tant que telle par l’entourage et cantonnée par la société à ce qui relèverait du féminin : vêtements, activités, jouets. Autant d’attentes plus ou moins conscientes et encore en cours, bien que nous commencions à les remettre en question. Cette inscription dans la société s’accompagne d’une inscription dans le langage, cette matière première de la sociabilité : un prénom, un pronom et un accord grammatical, du moins dans nos langues genrées. Enfin, lors de la découverte de la différence organique entre hommes et femmes, elle se scelle par une inscription dans une certaine filiation : celle des mères ou des pères.

Cependant, le sujet ne subit pas identification et éducation de manière entièrement passive : il peut préférer les valeurs ou la position sociale de l’autre sexe et lui emprunter ses attributs et ses manières. La situation est d’autant plus complexe que l’éducation et l’identification ne répondent pas forcément au sexe biologique. En effet, les parents peuvent traiter leur enfant comme appartenant à l’autre sexe : traiter un garçon en fille parce qu’ils auraient préféré une fille ou l’inverse. De même ici, le sujet répond présent ou non. J’ai l’impression que s’il est possible de résister à l’éducation imposée par la société, de choisir malgré la pression dans quelle sphère, masculine ou féminine, on préfère grandir, il est par contre plus difficile de se soustraire à l’identification parentale, qui laisse une marque, d’une manière ou d’une autre, parce qu’elle agit sur nous quand nous sommes complètement dépendants d’eux et encore incomplets en tant que sujets.

Ensuite vient l’adolescence. La puberté manifeste la différence des sexes de manière flagrante en développant leurs caractéristiques. Dans le cas des femmes, la transformation s’accompagne de l’apparition de poils, d’un élargissement des hanches, de la croissance de la poitrine, parfois d’une certaine prise de poids, de l’apparition de cellulite, autant de traits honnis par notre société du lisse et du mince, qui idéalise la femme en préadolescente : jeune, fragile et pure, bref toute désincarnée, ce qui l’amène naturellement à détester son incarnation, sans parler de l’objectivation à laquelle elle sera constamment soumise à partir de cet âge – si elle n’avait pas commencé avant.

Deux faits nous rendraient femmes : l’advenue des règles et la perte de la virginité. J’utilise le conditionnel, parce qu’une femme qui resterait vierge toute sa vie ou qui n’aurait jamais ses règles l’est tout autant. Ces deux évènements sont perçus comme des avènements : le premier pour la communauté des femmes (c’est ce que nous disent les mères, les tantes, les grands-mères) et le second pour la communauté des hommes (beaucoup pensent, et ça n’étonnera personne, qu’une femme ne le devient que par la grâce de leur pénétration).

Il y a une certaine vérité dans ces lieux communs. En tant que femme, il est évident que je ne me sens pas femme tout le temps, que je ne me définis pas ainsi constamment, nous avons de multiples et mouvantes identités, et certaines s’emboîtent comme des poupées russes : je suis femme parce qu’humaine, parce qu’animale, parce qu’animée, etc. Mais je me sens et je me sais femme dans ces deux situations précisément : la menstruation et le sexe, et c’est le cas de toutes les femmes avec lesquelles j’ai échangé sur le sujet.

Pour ceux qui en sont dépourvus et ignorent ce vécu, les règles ne se réduisent pas à la semaine de leur venue. Elles dictent et ponctuent toute notre vie : chaque période du cycle a son effet. Selon les témoignages que j’ai recueillis et ma propre expérience : variations d’humeur, appétit sexuel, inspiration créatrice, gonflements, douleurs, goûts et dégoûts, digestion, fatigue, soif, et j’en oublie. Ce savoir partagé entre femmes est souvent tu de nos jours, parce que, j’y viendrai, ce qui fait de la femme une femme semble transgresser la norme du discours dominant.

Les règles apportent également une familiarité avec le sang. Un anthropologue racontait un jour que la vue de son propre sang était traumatisante pour l’humain, représentant comme une percée vers l’intériorité du corps, qui en briserait l’intégrité. Une telle naïveté m’a fait sourire : il parlait au nom de la moitié de l’humanité à laquelle il appartenait. Pour les femmes, le sang est une chose commune, trop commune. Beaucoup s’en passeraient bien. Nous n’avons pas choisi et les règles nous rappellent chaque mois que nous ne choisissons pas. Elles nous enseignent aussi ceci : la nécessité, ce corps qui nous plie et non qu’on fait plier.

Venons-en au sexe, à toute la gamme du plaisir qui peut aller jusqu’à la jouissance clitoridienne et vaginale (celle-ci étant elle aussi clitoridienne). Plaisir qui peut être donné par une femme ou un homme, qui peut-être ressemble à celui de l’homme (comment savoir ?) et que nous partageons plus ou moins entre femmes par une communauté de sensibilité (innervations, organes, etc.). Dans la sexualité, nous sommes plus que partout ailleurs notre sexe. Ce qui donne aussi le pire : les violences sexuelles amènent à détester, plus ou autant que l’agresseur, la féminité par où on a été atteinte. La victime cherchera donc à se déféminiser : grossir ou maigrir à l’extrême, se scarifier, se dissimuler, se droguer, s’enlaidir, échapper au désir masculin en se dépouillant autant que possible de ses attraits, quitter par tous les moyens cette condition d’extrême vulnérabilité où la féminité nous place.

Un troisième évènement qui nous rendrait femmes, moins présent dans nos pays à la natalité basse : l’enfantement. C’est notre mission, notre devoir et tout le patriarcat se résume à ça : faire de la femme-vulve une femme-ventre. Je ne l’ai pas vécu et je laisserai donc les femmes concernées s’exprimer sur le sujet. Cependant, comme potentialité, il nous donne à toutes une certaine place dans la société.

Car de la condition biologique des femmes découle directement leur condition politique.

C’est parce qu’elles ont des règles qu’elles sont impures. Dans les sociétés traditionnelles, quantité d’activités leur sont interdites lorsqu’elles saignent. Une femme de la génération de mes grands-mères m’expliquait encore que je ne pouvais pas tourner une vinaigrette dans cet état. Au nom de la périodicité de leur cycle et de ses variations d’humeur, elles ont aussi été longtemps considérées incapables d’accéder à la réflexion abstraite ou aux activités requérant de l’endurance.

C’est parce qu’elles ont une jouissance qui est clitoridienne et donc non déterminée par la pénétration et encore moins par la reproduction que leur sexualité représente un danger : sans utilité pour l’espèce et déliée de l’identité sexuelle du partenaire, elle semble incontrôlable, une menace pour l’ordre des choses.

C’est parce qu’elles ont la capacité de porter et de donner la vie, que seule leur filiation se voit assurée (puisqu’un enfant descend assurément de la mère qui lui donne le jour, mais de son père seulement sur la foi qu’en donne la mère et le crédit qu’on lui accorde, soit sa réputation), c’est pour cela qu’on a dû les parquer (dans des quartiers ou des étages séparés, dans le périmètre étroit de la propriété privée, toute femme de la rue étant prostituée), les marquer (du nom du père, puis du mari), contrôler leur sexualité (c’est-à-dire interdire toute relation hors mariage).

Cette définition de la femme comprend donc toutes les femmes, même si elles sont stériles, décident de ne pas avoir d’enfants, se retrouvent sans poitrine à la suite d’un traitement du cancer, bref même si elles n’ont pas telle ou telle caractéristique biologique précitée : toutes subissent cette condition politique qui dérive de leur condition biologique majoritaire. Les jugements portés sur les femmes sans enfants ou les femmes pas assez féminines le révèlent. Ils signifient : la femme doit remplir sa mission d’enfantement, elle passera à côté de sa vie, de son être, de sa destination suprême si elle s’y refuse ; sa sexualité doit répondre et correspondre au désir masculin ou bien elle sombrera dans une infâme perversion qui signifiera sa perte ; sans parler de l’utérus baladeur, des divagations sur l’hystérie, etc.

Cela entraîne des conséquences encore aujourd’hui catastrophiques : les femmes non seulement sont moins représentées dans les métiers de pouvoir, les sciences dures ou les sports extrêmes, mais elles sont les premières victimes de violences physiques et sexuelles et se trouvent gravement touchées par la pauvreté, notamment les mères célibataires. De même, en période de guerre, le viol est une arme de ravage systématique et qui n’est pris en compte que depuis peu.

D’où le féminisme de base, commun à tous les féminismes : le changement de notre condition politique passe par notre condition biologique. La maîtrise de notre sexualité et de notre fécondité représente le minimum, sur lequel il n’y a rien à céder. Notre corps nous appartient, il faut le soustraire à l’emprise et à la réification.

Cette définition de la femme à partir du biologique vous semble peut-être évidente. Elle est pourtant très transgressive vis-à-vis de deux discours dominants : celui d’un féminisme qui a pour idéal une neutralité totale, comme si l’égalité ne pouvait advenir que dans l’identité, et celui de la transidentité, qui situe le féminin dans une essence intérieure et donc le distingue de son incarnation.

Je partage le même idéal que le premier discours, celui de l’universalité. Mais il ne doit pas interdire l’exploration et la reconnaissance de la diversité. Nous avons besoin de comprendre nos corps, dont la modernité nous aliène si souvent, de les vivre comme homme ou femme, de nous interroger, y compris pour commettre des erreurs, sur cette différence parmi d’autres qui nous constitue. L’idéal d’égalité ne doit pas devenir une idéologie de la neutralité jetant l’opprobre sur ces définitions, qui permettent la connaissance de soi et l’articulation des relations.

Quant au deuxième discours, il faut rappeler que sur ce sujet s’opposent un féminisme dit radical (par ses ennemis) et un féminisme inclusif. L’un garde le sexe et non le genre comme critère de la différence sexuelle, il exclut ainsi les femmes trans qui ne seraient pas de vraies femmes (tout en incluant les hommes trans, qui sont nés femmes) et considère que la transidentité invisibilise les femmes et le féminisme. L’autre allie la lutte contre la transphobie à la lutte contre la misogynie et ne fait pas de différence entre femmes cis et femmes trans. Cette opposition caricaturale devient vite un combat à mort. Ainsi, J. K. Rowling proche de la première tendance (mais avec beaucoup de nuance et en vérité sans exclusion aucune) a été conspuée et mise au ban de la société pour avoir simplement affirmé que « des personnes qui ont des règles » s’appellent des « femmes » ou bien que « sex is real ».

À titre personnel, j’inclus les trans parmi les femmes. Je n’ai aucun souci à reconnaître une personne qui se sent femme comme femme, même si la nature ne lui a pas donné le corps correspondant à son esprit et qu’elle doit le transformer pour s’en approcher le plus possible. De plus, le genre des gens m’est complètement indifférent. En dehors des relations de séduction ou sexuelles, je n’y prête pas attention à moins que mon interlocuteur aborde le sujet, le mette en avant ou le rappelle à moi par un comportement sexiste ou caricaturalement genré.

Cependant, cette intégration que je fais volontiers et sans arrière-pensée (sans considérer jamais que cette personne dans le fond n’est pas une femme) ne doit pas amener à ce qu’en retour on me prive de ce qui pour moi fait ma féminité : une condition biologique (ponctuée par le cycle, caractérisée par une jouissance, potentiellement porteuse de vie) qui instaure une condition politique de dominée (objectivée et parfois agressée par des hommes, placée dans une éternelle minorité, etc.). Cela dépasse mon cas personnel, mon expérience ou ma sensibilité. Il est indispensable de maintenir cette définition, car condition biologique et condition politique sont dans le cas de la femme indissociables et qu’en escamotant la première, on sabote la deuxième.

Pour les transgenres, la définition du féminin et du masculin se situe au niveau psychologique : ainsi, un esprit de femme peut se trouver dans un corps d’homme, elle souffre terriblement de cette discordance jusqu’à ce qu’elle soit annulée par le changement symbolique et charnel qui la réassigne dans le sexe où elle se reconnaît. Je ne doute absolument pas de l’authenticité de ce vécu et même j’embrasse aussi cette définition : je l’ai déjà traitée dans mon article sur l’animus et l’anima dans la psychologie de Jung, j’estime que tous possèdent une double identité sexuelle et que l’identité psychique ne se superpose pas à la biologique. D’ailleurs, la biologie n’a pas achevé ses découvertes et trouvera peut-être une raison à cette discordance ; et même si ce n’est pas le cas, elle ne dit pas le dernier mot de notre identité.

Il existe en outre quantité de définitions de la féminité, sans doute autant que de femmes sur Terre. Certaines entretiennent un culte vulvique de déesse mère auquel je n’adhère pas, mais que je n’interdis pas. Toutes ces définitions ne se disqualifient pas les unes les autres, elles cohabitent et, tant qu’elles ne visent pas l’asservissement de la femme, leur diversité permet de rendre compte de notre variété. De la même manière, on peut souligner sa féminité par le maquillage, les bijoux et les robes à fleurs autant que par les cheveux courts, les pantalons droits et des accessoires soi-disant masculins, voire en mariant les deux styles, en les alternant, en en inventant d’autres. La beauté de la féminité tient à ce que, considérée comme l’autre de la norme, la différence par excellence, elle permet d’expérimenter, elle ouvre à la diversité. Il y a dans nos sociétés bien plus de manières d’être femme que d’être homme : il suffit de regarder dans la rue comment s’habillent les uns et les autres.

Cependant, la tolérance que je témoigne envers d’autres conceptions de la féminité que la mienne ne semble pas partagée. En effet, je ne vois pas que la souffrance subie par les transgenres, mais aussi la terreur qu’ils sèment au nom de cette souffrance. Même des blogueurs et des youtubeurs trans admettent ne pas pouvoir aborder certains sujets, au risque d’être exclus par la communauté. Toute une novlangue s’installe dans les pays anglo-saxons qui invisibilise le corps des femmes pour ne pas blesser les sentiments des transgenres : il faut parler de chestfeeding au lieu du breastfeeding ou du chestmilk au lieu du breastmilk. Étonnamment, le contraire de nos langues où pullulent les points de l’écriture inclusive : au lieu de souligner le féminin à tout bout de champ, on l’abolit autant que possible.

Un grand silence règne aussi sur les cas pourtant nombreux de détransition, ceux qui regrettent d’avoir changé de genre et qui jugent parfois avoir été maltraités par les soignants : avoir été réassignés alors qu’ils n’étaient pas transgenres, mais souffraient seulement d’une dysphorie de genre, c’est-à-dire qu’ils ne se reconnaissaient pas dans le genre auquel ils appartenaient, ce qui est une situation fort commune dans l’enfance ou l’adolescence et la théorie du genre devait la résoudre en déconstruisant les stéréotypes, non en les renforçant. Son décloisonnement du genre a mystérieusement tourné à l’hypergenrisme. Il semble aussi que la transidentité soit plus acceptable que l’homosexualité et permette donc de la vivre ou d’y mener.

De tout cela, on ne peut rien dire au risque d’être qualifié de transphobe, équivalent d’un appel au bannissement. Cela s’est vu dans le cas de J. K. Rowling. Une femme ne peut plus dire qu’elle se ressent et se définit comme femme par son vécu corporel spécifique et irréductible. Pire, en tant que femme, on se voit expliquer très doctement ce que signifie être femme. On a l’habitude. Ce sont toujours les autres qui nous ont définies : pendant des siècles les hommes et maintenant les transgenres. Et quelle définition nous proposent-ils si ce n’est toujours la même : l’éternel féminin ? Pourtant – et pour une fois que je suis d’accord avec Lacan – la femme n’existe pas : seules les femmes existent. Alors, gardons la parole, conquise de haute lutte. Ne laissons plus personne nous dire ce que nous sommes.

Vénus de Laussel, il y a 25 000 ans

11 commentaires sur “Être femme

  1. Merci pour cet article, qui paisiblement trace un chemin dans un terrain qui devient de jour en jour plus accidenté et impraticable. Je suis notamment frappée par ton paragraphe sur le sang, et l’intervention de cet anthropologue qui me fait également sourire. Petite anecdote : un médecin de ma famille me disait un jour qu’il pensait que la perception de la douleur ou de la maladie est différente selon le sexe. Que les femmes, ayant l’habitude par leurs règles des douleurs internes et durables, seraient mieux capables de supporter la maladie (psychologiquement), tandis que les hommes, plus accoutumés à une douleur ponctuelle et venant de l’extérieur, craindraient ce qui se manifeste à l’intérieur. Plus sérieusement, la nécessité que tu soulignes, que nous enseigne notre corps tous les mois, et tout au long du mois, par les manifestations que tu mentionnes, est à mes yeux quelque chose dont on ne peut assez mesurer l’importance. Je n’en ai pris conscience qu’assez tard dans ma vie – le jour où j’ai enfin fait le lien entre ces manifestations et le cycle hormonal, j’ai comme recouvré la vue. Le discours qui cherche à encourager les filles en leur faisant croire qu’elles sont entièrement comme les garçons a entretenu (pour moi) une cécité sur la réalité de mon corps (et ses répercussion en mon esprit) durant la majorité de ma vie. J’ai longtemps cru être sans lien avec mon corps et me suis longtemps méconnue. Plus je vieillis, plus je comprends la nécessité, et l’accepte, et la trouve féconde. Je ne sais plus où Simone Weil parle du choix comme « valeur de basse classe » (ou quelque chose d’approchant). Quand je l’ai lu, j’étais jeune et pensais pouvoir imposer ma volonté sur le réel. Pourtant, et je ne peux pas l’expliquer, la lecture de cette phrase m’a transpercée – c’était presque une expérience religieuse (je crois que je n’étais pas croyante alors). Je sais ce que peut avoir de scandaleux cette idée, mais – et je ne souhaite faire la leçon à personne – c’est souvent dans l’acceptation que je trouve un bonheur profond. Comme dans le jardinage, où on doit faire avec le temps, la terre, la saison qu’on a. Je ne crois pas que les dérives des discours qui proclament la suprématie du choix mèneront à la paix et au bonheur de ceux qu’ils prétendent défendre. C’est comme pour le langage : ces manipulation partent du principe que nous sommes les maîtres de la langue, que nous pouvons la plier et lui faire redessiner le réel selon nos souhaits du moment – mais la langue nous possède en grande partie, comme nos hormones, comme notre chair, etc. Je ne fais pas l’apologie de la soumission à la souffrance, pas du tout. Toute souffrance demande à être soulagée. Mais les moyens de la soulager peuvent parfois l’aggraver. Pardon pour ce commentaire décousu et beaucoup trop long. Je pense en l’écrivant et n’arrive pas à penser clairement comme toi.

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    1. « De jour en jour plus accidenté et impraticable », en effet ! C’est révoltant qu’une femme ne puisse pas se définir femme à sa guise ! Surtout femme dans le sens simple de femelle et explorer en conséquence sa féminité dans et par son corps. Je pense, j’espère que tous les transgenres n’interdisent pas ainsi toute définition de la femme si ce n’est la leur. Et les femmes dans tout ça, toujours perdantes. Enfin, on a l’habitude, là aussi. L’erreur, c’est de voir toutes ces définitions comme exclusives. J’ai l’impression qu’on les a inclues et qu’en retour iels nous ont exclues.
      Sur la méconnaissance du corps, la nécessité de l’acceptation, la langue qui nous possède autant que la chair, le soulagement ambivalent de la souffrance, je te suis complètement. Je crois qu’il y a dans toutes ces pratiques très interventionistes une identification entre liberté et choix qui en fait est aliénante. Comme je suis devenue libre à partir du moment où j’ai accepté.
      Simone Weil remet toujours les idées en place de manière dramatique. Je me demande d’où et comment elle était dotée d’une telle clairvoyance.

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  2. Elle est intéressante, l’histoire de l’anthropologue, Joséphine.

    Mais tu n’as jamais pensé qu’il avait parfaitement en tête les règles des femmes et que c’était cela, notamment, qui justifiait son propos ?

    Je n’en sais rien mais ca me paraît être une hypothèse envisageable.

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    1. Je veux dire : l’idée que la femme, par ses règles comme par sa morphologie, ait un accès privilégié à son intériorité, a l’intériorité, à ce qui est profond, caché, enfoui au fond de soi : grandes prêtresses, pythies et sorcières, est tout de même assez répandue.

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      1. C’est une définition de la féminité et si certaines se trouvent et se trouvent bien en s’imaginant prophétesses ou sorcières, je n’ai rien contre !
        Quant à moi, je n’infère pas de notre condition commune une connaissance plus profonde de soi. D’ailleurs, il y avait aussi des prêtres, des chamans, des sorciers – a-t-on oublié Merlin ? Les hommes ont tout autant accès à leur intériorité – c’est le stéréotype social qui pousse davantage les femmes à l’introspection.
        Je trouve plus de vérité (mais qu’une vérité partielle) dans le préjugé que cite Quyên et qui se répète souvent entre femmes : les hommes seraient douillets, tandis que les femmes accoutumées par l’accouchement et les règles auraient des seuils de tolérance à la douleur (surtout interne) bien plus élevés. Mais là aussi, je vois tellement d’exceptions parmi les femmes que je connais et les hommes aussi…

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    2. Dans le contexte – celui de la variation du ressenti de la douleur selon la culture – il n’avait pas du tout en tête les règles des femmes, il les avait tout simplement oubliées, mais ce qu’il disait était vrai pour sa partie de l’humanité : plus d’un homme m’a dit qu’il ne considérait pas les règles comme impures ou dégoûtantes, mais comme impressionnantes : la vue de tout ce sang.

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  3. Encore une fois, je me permets de vous dire que j’admire beaucoup vos articles, celui-ci entre autres qui manifeste une grande honnêteté dans l’enquête sur soi-même. Lisant cela, je me dis que je devrais essayer de faire l’équivalent, mais que serait-ce? peut-on écrire un article qui s’intitulerait « être homme »? Je me le demande. Il y aurait toujours l’ambiguïté liée au fait que dans notre langue, « homme » a eu tendance pendant si longtemps à désigner le genre humain tout entier, alors écrire « être un homme » ou « être homme » expose à être vu comme donneur de leçon, de morale. Et puis, je pense à Philip Roth qui a écrit « un homme ». Finalement, je ferai sans doute cet article prochainement, mais il sera forcément moins serein que le votre, peut-on être homme aujourd’hui (au sens de masculin) sans éprouver de la culpabilité?

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    1. Excellente idée ! Comme l’homme est confondu avec l’humanité, qu’il est présenté comme la norme (et la femme la divergence), il est rare qu’on l’interroge et l’analyse, il semble une évidence. Je serais très curieuse de vous lire et je trouve courageux de l’écrire.
      Quant à la culpabilité, on n’est coupable pas d’être né, mais de ce qu’on fait de sa naissance. Justement, aujourd’hui le féminisme subit des assauts d’une violence inouïe de la part du transactivisme, c’est le moment pour les hommes qui se déclarent féministes de se joindre à nous, avec eux à nos côtés nous vaincrons bien plus facilement !
      Mes trois derniers articles portent sur le sujet si la lutte vous intéresse (Sur les traces de J.K. Rowling, C’est quoi le genre ? et L’industrie du genre ou le dernier stade du capitalisme).
      Merci encore de vos lectures !

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