Barcelone

De Barcelone, que je quitte bientôt, me restera une atmosphère de fête. Ce flottement qui nous emporte à peine on gagne la rue, les rues qui justement obligent à danser, presque verticales, plus précipitées dans leurs pentes et montées que des montagnes russes et qu’on a même dû équiper d’escalators, composées d’immeubles totalement dépareillés par le style, l’époque et la couleur et placées sous le signe de la grande roue de Tibidabo, quand surprend l’air lointain d’un bal sur une place, une de ces places carrées typiques de l’Espagne, qui se remplissent le soir de gens de tous âges, amis qui se rencontrent avec leur famille, pour siroter, papoter, baguenauder, comme si le meilleur que la vie pouvait nous offrir était tout simplement d’être ensemble. Entente et transmission entre les générations que symbolisent les castells (châteaux) : une pyramide d’acrobates, dont les étages représentent les âges, des plus vieux aux fondements aux plus jeunes dans les hauteurs, et un enfant grimpe au sommet, dûment protégé par un casque, pour offrir à la foule son modeste salut. La fête tourne parfois au carnaval, avec ses rondes, ses tambours, ses défilés de géants et ses diablotins bondissant sous l’or de leurs feux d’artifice ; et si l’heure n’est pas à la célébration, la manifestation occupe rues et places. Ce n’est pas si différent : même manière d’habiter familièrement l’espace public, comme un prolongement de son appartement, même souci de la solidarité, de la communauté, qui ne se contente pas de déclarations de principes : rarement j’ai rencontré autant d’amabilité et de disponibilité que dans cette ville.  

Dernière fête avant le départ, celle de Gracia, quartier où j’habite. Une ville ancienne rattachée à Barcelone en 1897. Les rues sont décorées par les habitants avec des matériaux de récupération afin d’immerger le passant dans un univers de fantaisie. Dans l’une, on suit l’itinéraire de la route de la soie, de la Chine à la Turquie en passant par la Mongolie, dans une autre, celle de la farine, des champs au moulin et au pain, ou encore des couleurs, des pigments bruts aux pots de peinture. Puis on plonge sous un vaisseau viking, entre ses filets garnis de poissons frais, ou on évite une pluie drue de carottes et d’aubergines. Sur les places, nous voilà assaillis par les oiseaux d’Hitchcock ou face à face avec un dragon de carton pâte.

Peu de photographies, toutes prises par Edgardo Franzin. Je n’avais pas envie d’en prendre, je préférais vivre cette immersion sans distanciation.

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