Sant Jordi

Aujourd’hui, 23 avril, nous fêtons la Saint Georges, le patron de la Catalogne, le protecteur des amoureux. C’est lui qui libéra la princesse prisonnière du dragon. Dans les rues, sur les places de Barcelone, des stands de toile blanche, arborant les rayures jaunes et rouges du drapeau catalan, vendent des livres neufs et d’occasion, ainsi que des roses rouges agrémentées d’un épis de blé ou de blanches fleurs des champs. Les fleurs pour le sang du dragon qui, en se répandant, se changea en roses rouges et blanches. Les livres pour honorer la mort de Cervantès et de Shakespeare, tous deux décédés le 23 avril. Ce jour est ici l’équivalent de la Saint Valentin, et ce depuis le Moyen-Âge. Il lui reste un esprit de chevalerie. À la femme, l’homme offre une rose et il reçoit un livre en échange. Sexisme ? Sans doute… Pourtant, qui pourrait dire qu’une fleur est moins savante qu’un livre ? De toute façon, à notre époque, il est de mise pour chacun et chacune d’offrir et le livre et la rose.

Afin de célébrer cette fête, j’ai envie de partager un sonnet de Pablo Neruda que j’ai découvert hier. La traduction est de Jean Marcenac et André Bonhomme.

Vienes de la pobreza de las casas del Sur,
de las regiones duras con frío y terremoto
que cuando hasta sus dioses rodaron a la muerte
nos dieron la lección de la vida en la greda.

Eres un caballito de greda negra, un beso
de barro oscuro, amor, amapola de greda,
paloma del crepúsculo que voló en los caminos,
alcancía con lágrimas de nuestra pobre infancia.

Muchacha, has conservado tu corazón de pobre,
tus pies de pobre acostumbrados a las piedras,
tu boca que no siempre tuvo pan o delicia.

Eres del pobre Sur, de donde viene mi alma:
en su cielo tu madre sigue lavando ropa
con mi madre. Por eso te escogí, compañera.


Tu arrives du Sud avec ses maisons pauvres,
dures régions du froid, du tremblement de terre
qui, même quand leurs dieux roulèrent dans la mort,
ont donné la leçon de la vie dans la glaise.

Tu es un poulain de glaise noire, un baiser
de boue sombre, amour, coquelicot de glaise,
ramier du crépuscule éployé sur les routes,
tirelire à chagrin de notre pauvre enfance.

Fille, tu as conservé ton cœur de pauvresse
et tes pieds de pauvresse habitués aux cailloux,
ta bouche qui n’eut pas toujours pain ou délice.

Tu es du pauvre Sud, d’où est venue mon âme :
dans son ciel ta mère lave toujours du linge
avec la mienne. Amie, ainsi t’ai-je choisie.

2 commentaires sur “Sant Jordi

  1. Merci de nous emmener par les rues de Barcelone avec toi et de nous offrir ce très beau poème. Saint George est aussi le patron de l’Angleterre mais par ces temps-ci les connotations sont moins heureuses que chez toi.

    Aimé par 2 personnes

    1. Oui, j’imagine ! Décidément, l’homme au dragon est un symbole qui plaît. Va savoir pourquoi.
      Je suis contente que tu aimes ce poème. Il fait partie d’un recueil de cent sonnets dédiés à la même femme. Je redécouvre Neruda ces temps-ci. Il a une simplicité qui m’enchante.

      Aimé par 2 personnes

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